Homophobie : « Aversion, hostilité à l’égard des homosexuels ou à l’égard de l’homosexualité. »
Dictionnaire de l’Académie française« La discrimination est constituée si une personne justifie une différence de traitement en se fondant intentionnellement sur l’un des critères suivants : Origine, Sexe, Orientation sexuelle, etc. »
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L’expression catastrophique et obscurantiste « l’homosexualité est contre nature » est encore aujourd’hui l’un des arguments les plus fréquemment avancés par certains chrétiens pour condamner les personnes homosexuelles. Cette formule ne vient pas d’une opinion moderne : elle provient directement du Nouveau Testament, dans les lettres de Saint Paul.
Dans l’épître aux Romains, Paul écrit :
« C’est pourquoi Dieu les a livrés [les païens non convertis] à des passions déshonorantes :
leurs femmes ont échangé les rapports naturels contre des rapports contre nature.
De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes commettent avec les hommes des actes infâmes et reçoivent en eux-mêmes le salaire dû à leur égarement.
Dieu les a livrés à une façon de penser dépourvue de jugement. Ils font ce qui est inconvenant ; Ils sont remplis de toutes sortes d’injustice, de perversité, de soif de posséder, de méchanceté, ne respirant que jalousie, meurtre, rivalité, ruse, dépravation ; ils sont détracteurs, médisants, ennemis de Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons, ingénieux à faire le mal, révoltés contre leurs parents ; ils sont sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans pitié.
Ils savent bien que, d’après le juste décret de Dieu, ceux qui font de telles choses méritent la mort ; et eux, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font. »Romains 1:26-32 (Bible, Nouveau Testament)
💡 Les païens
Pour saint Paul, le mot « païens » (en grec ethnē, « les nations ») désigne avant tout les non-Juifs, c'est-à-dire tous les peuples qui ne font pas partie d'Israël et qui ne vivent pas sous la Loi de Moïse. Il ne s'agit pas seulement d'une catégorie religieuse, mais aussi d'une distinction historique et théologique.Ici, Paul critique les païens qui n'adorent pas le dieu Jésus qu'il annonce, le dieu unique en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. À cette époque, les habitants de l'Empire romain qui n'étaient ni juifs ni chrétiens pratiquaient tous diverses formes de polythéisme : les religions grecque et romaine, les cultes égyptiens, celtiques, sémitiques ou mésopotamiens, ainsi que les nombreux cultes à mystères répandus dans l'Empire.

Pour Paul, les relations homosexuelles entre hommes comme entre femmes sont présentées comme des actes « contre nature », sans distinction entre relations consenties, amoureuses ou abusives.
Une condamnation déjà présente dans l’Ancien Testament
Cette position n’apparaît pas avec Paul (voir l’article Bible et homosexualité : l’Ancien Testament et Jésus sont-ils homophobes ?). Dès les premiers livres de la Bible, la sexualité est présentée selon un modèle exclusivement hétérosexuel.
La Genèse définit le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme (Genèse 2:24), définition reprise plus tard par Jésus (Matthieu 19:4-6).
Le Lévitique va beaucoup plus loin en prescrivant la peine de mort :
« Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination ; ils seront punis de mort. »
Lévitique 20:13 (Bible, Ancien Testament)
Les autres passages évoquant des relations entre personnes du même sexe apparaissent essentiellement dans des récits de violences sexuelles, comme Sodome (Genèse 19) ou Guibea (Juges 19).
Aucun texte biblique ne célèbre ou ne valorise les relations homosexuelles.
Jésus n’aborde jamais l’homosexualité
Les Évangiles ne rapportent aucune condamnation explicite de l’homosexualité par Jésus.
Cependant, Jésus ne remet jamais en cause les interdictions présentes dans la Loi juive concernant les relations entre personnes du même sexe, et, interrogé sur le divorce, Jésus revient directement à la création de l’homme et de la femme et reprend le principe de Genèse 2:24 et le modèle hétérosexuel.
Dans des textes aussi normatif que la Bible, ce qui n’est pas explicitement contesté est tacitement reconduit.
Saint Paul ne condamne pas uniquement la pédérastie
Une minorité de chrétiens, qui tentent de rendre la Bible inclusive, affirme que Paul ne condamnait que la pédérastie, la prostitution sacrée ou certaines formes d’exploitation sexuelle.
Cette lecture est difficile à concilier avec le texte.
À l’époque de Paul, le grec possédait déjà des mots pour désigner la pédérastie, les jeunes garçons, les rapports de domination ou différents statuts sociaux. Paul n’utilise aucun de ces termes pour limiter sa condamnation.
Au contraire, dans Romains 1, il condamne simultanément les relations entre femmes et entre hommes, sans faire référence à l’âge, au consentement, des rituels religieux, de la prostitution ou à une quelconque domination.
Pour lui, ce sont les rapports entre même sexe eux-même qui sont qualifiés de « contre nature ».
Le mot « arsenokoitès » inventé par Paul
Le terme « homosexuel » n’existait pas au Ier siècle. Cela ne signifie évidemment pas que l’homosexualité n’existait pas. De la même manière, le mot « racisme » n’existait pas non plus à cette époque, alors que les comportements racistes existaient bien avant que ce terme ne soit créé. L’absence d’un mot ne prouve jamais l’absence de la réalité qu’il désigne.
Dans la Bible, Paul forge donc un mot grec inédit, arsenokoitès :
« Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les homosexuels [arsenokoitès] n’hériteront du royaume de Dieu. »
1 Corinthiens 6:9 (Bible, Nouveau Testament)
Le terme grec arsenokoitès est généralement compris comme une référence aux relations sexuelles entre hommes.
Les spécialistes considèrent qu’il est formé à partir de deux mots présents dans la Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque que Paul lisait :
- arsēn : homme mâle ;
- koitē : couche, relation sexuelle.
Ces deux termes apparaissent précisément dans la Bible, dans Lévitique 20:13, où les deux partenaires sont condamnés à mort.
Cette origine montre que Paul reprend directement l’interdiction du Lévitique plutôt que de viser uniquement des rapports de domination.
Les rapports de domination n’étaient pas le sujet de Paul
L’argument selon lequel Paul aurait seulement dénoncé les abus sexuels se heurte également au contexte de son époque.
Dans le monde antique, les jeunes filles pouvaient être mariées dès la puberté, souvent autour de douze ans, sans choisir leur époux, à des hommes qui avaient régulièrement entre 20 et 30 ans. Dans la Bible, Dieu n’a jamais condamné cette pratique.
Paul lui-même demande à ces jeunes « femmes » d’être soumises à leur mari :
« Que les jeunes femmes soient soumises à leurs maris. »
Tite 2:5 (Bible, Nouveau Testament)
Il pose également, pour ces jeunes « femmes », le fondement théologique de ce qui sera plus tard appelé le « devoir conjugal » :
« La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ;
et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme.
Ne vous privez point l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. »1 Corinthiens 7:4 (Bible, Nouveau Testament)

Si Paul avait voulu condamner principalement les rapports homosexuels fondés sur la domination ou l’absence de consentement, il est difficile d’expliquer pourquoi ces principes ne sont jamais appliqués aux relations hétérosexuelles qu’il encadre.
Les relations homosexuelles amoureuses existaient déjà dans l’Antiquité
L’idée selon laquelle les relations homosexuelles affectives seraient une invention moderne est historiquement fausse.
Avant même l’époque de Paul, le monde gréco-romain connaissait des relations homosexuelles durables et réciproques.
Parmi les exemples les plus célèbres figurent :
- l’empereur Hadrien et Antinoüs : une relation qui dépassait largement le cadre pédérastique et difficile d’expliquer autrement le comportement d’Hadrien après la mort d’Antinoüs ;
- les Tyrannoctones, Harmodios et Aristogiton : un couple masculin aux liens durables, profondément affectifs et érotiques ;
- le Bataillon sacré de Thèbes : composé de 150 couples d’amants masculins, des relations durables et réciproques entre hommes adultes, il ne s’agit pas d’un cadre de pédérastie ;
- les poèmes de Sappho : célébrant l’amour et l’érotisme entre femmes, qui ont d’ailleurs fait de son île natale, Lesbos, l’origine du terme « lesbienne » ;
- les dialogues de Platon, notamment Le Banquet et Le Phèdre : qui construisent explicitement une théorie de l’amour masculin réciproque comme idéal philosophique.

Paul connaissait ce monde culturel gréco-romain mais, souhaitant rester fidèle à sa Bible et au « Saint-Esprit », il choisit de continuer à condamner les relations homosexuelles qu’il observait.
Et ceci n’a aucun sens pour un “dieu” bon, juste, omniscient et tout puissant puisque la recherche, depuis des décennies, montre que l’orientation sexuelle résulte d’une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux, qu’elle n’est pas simplement “décidée” par un individu : elle est naturelle.
Les conséquences historiques de cette condamnation
Pendant près de deux millénaires, les textes bibliques ont été utilisés par les nations chrétiennes pour justifier la stigmatisation, la criminalisation et parfois l’exécution des personnes homosexuelles.
Aujourd’hui l’Église catholique refuse toujours de marier les couples homosexuels et d’accepter cette orientation sexuelle. Les courants protestants majoritaires le refusent également, les homosexuels se voient aussi refusés les postes de pasteurs, chanteurs, musiciens ou de dirigeants au sein de leurs églises.
Dans certaines de ces églises chrétiennes, des personnes homosexuelles peuvent être soumises à des séances d’exorcisme, fondées sur l’idée qu’elles seraient sous l’influence de démons, ou à des « thérapies de conversion », qui visent à modifier ou à supprimer leur orientation sexuelle ou leur attirance pour les personnes du même sexe.
Mahomet, qui présente le Coran comme la révélation 3.0 et ultime de Dieu, reprend à son compte la tradition homophobe de la Bible juive et du Nouveau Testament chrétien. À son tour, il contribue à façonner, au fil des siècles, des nations entières et des milliards de croyants intoxiqués par cette vision homophobe :
« Vous livrez-vous à cette ignominie qu’aucun peuple avant vous n’avait commise ? Vous assouvissez vos désirs avec les hommes au lieu des femmes… »
Sourate 7, versets 80–81 (Coran)« Le peuple de Loth [les sodomites] est également réprimandé pour ses actes, auxquels le texte associe aussi des comportements comme le brigandage et les atteintes aux voyageurs. »
Sourate 29, versets 28–29 (Coran)
Le catéchisme actuel de l’Église catholique (l’instruction des doctrines de leur foi) déclare :
« La genèse psychique de l’homosexualité reste largement inexpliquée. S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19,1-29 Rm 1,24-27 1Co 6,10 1Tm 1,10), la Tradition a toujours déclaré que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés » (CDF, décl. » Persona humana » 8). Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.
Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. »
CEC (Catéchisme de l’Église Catholique) §2357 et §2359
Comme la Bible, l’Église catholique considère les rapports homosexuels comme des péchés graves ; ceux qui meurent sans s’en être repentis sont donc menacés, selon la doctrine, de l’enfer :
« Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot «enfer». »
CEC §1033
L’évolution des droits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) s’est faite progressivement, souvent contre ces traditions religieuses.
Dates majeures
- 1791 : Dépénalisation. La Révolution française supprime le crime de sodomie du Code pénal. La France devient l’un des premiers pays à ne plus criminaliser les relations homosexuelles entre adultes.
- 1942 : Recul sous Vichy. Le régime de Vichy crée une majorité sexuelle différente pour les relations homosexuelles.
- 15 décembre 1973 : L’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale par l’Association américaine de psychiatrie. Elle retire l’homosexualité du DSM (manuel diagnostique psychiatrique). Cette décision a eu une influence mondiale sur les pratiques médicales.
- 1982 : Fin de la discrimination de majorité sexuelle en France. La loi portée sous François Mitterrand et Robert Badinter aligne l’âge de consentement, quelque soit l’orientation sexuelle.
- 7 mai 1990 : L’OMS retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. L’Organisation mondiale de la santé cesse officiellement de classer l’homosexualité comme trouble mental ; Cette date est devenue la base symbolique de la Journée internationale contre l’homophobie.
- 1999 : PACS, Reconnaissance juridique des couples de même sexe.
- 2004 : Renforcement des lois contre l’homophobie. Les injures et discriminations liées à l’orientation sexuelle sont davantage réprimées.
- Février 2010 : la France devient le 1er pays au monde à ne plus considérer la transidentité comme une pathologie mentale.
- 17 mai 2013 : Mariage pour tous, ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples de même sexe.
Conclusion
Les textes bibliques condamnent explicitement les relations homosexuelles, aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau Testament.
Depuis des millénaires, ces textes sacrés servent à justifier la stigmatisation, la criminalisation et la pathologisation de millions d’êtres humains dont le seul tort est d’aimer différemment. La science montre qu’il s’agit d’une orientation naturelle.
Comment un “dieu” bon, juste, tout-puissant et omniscient aurait-il pu laisser, Bible en main, autant de vies être détruites en Son nom ?
Les progrès décisifs sont venus de la raison, de la science, de l’humanisme, des luttes politiques et du courage de celles et ceux qui ont refusé de se soumettre à des préjugés hérités de l’Antiquité.
À mesure que les sociétés se sont éloignées des prescriptions religieuses sur la sexualité, elles ont reconnu davantage de liberté, de dignité et d’égalité aux personnes LGBT.
N.D.L.R. (Note de la rédaction) — En France, les doctrines religieuses homophobes bénéficient d’une protection au titre de la liberté de religion. En revanche, cette protection ne s’étend pas aux éventuelles incitations illégales à la haine, à la discrimination ou à la violence envers des personnes ou des groupes. C’est également pour cette raison que le petit dicton « Nous aimons les personnes homosexuelles, mais nous n’acceptons pas leurs pratiques homosexuelles. » des chrétiens est très importants pour eux.

