Découvrez les passages et les enseignements de la Bible qui posent problème sur les plans moral, rationnel, historique ou scientifique.

Pour un monde meilleur

Homophobie : « Aversion, hostilité à l’égard des homosexuels ou à l’égard de l’homosexualité. »
Dictionnaire de l’Académie française

« La discrimination est constituée si une personne justifie une différence de traitement en se fondant intentionnellement sur l’un des critères suivants : Origine, Sexe, Orientation sexuelle, etc. »
service-public.gouv.fr

La Bible est, pour la majorité des chrétiens, la Parole de Dieu. Elle aurait été inspirée par Dieu lui-même et constituerait son principal moyen de révéler à l’humanité, à travers les siècles, sa volonté, ses commandements et ses règles morales.

Mais lorsqu’on s’intéresse à la question de l’homosexualité dans la Bible, un problème apparaît dès les premières pages.

Car avant même les condamnations explicites que l’on trouvera plus tard dans le Lévitique, le texte biblique établit un modèle précis de l’union humaine : un homme et une femme. Pourtant, les recherches menées depuis plusieurs décennies montrent que l’orientation sexuelle résulte d’une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux, et qu’elle ne saurait être réduite à une simple décision individuelle.

Dès les premières pages de la Bible, le couple est défini comme l’union d’un homme et d’une femme

Dans le deuxième chapitre de la Genèse, on peut lire :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
Genèse 2:24 (Bible, Ancien Testament)

Dieu ne propose qu’un modèle de mariage : l’union entre un homme et une femme.

Ce passage pourrait être considéré comme une simple description de l’histoire d’Adam et Ève.

Mais ce n’est justement pas ce que dit le texte.

Adam n’a ni père ni mère à quitter.

Et le terme hébreu employé ici pour désigner « l’homme » est ‘iysh, terme désignant l’homme au sens général, et non ‘adam, qui désigne notamment Adam, le premier homme.

Le verset dépasse donc le simple récit concernant Adam et Ève : il formule un principe général concernant le couple.

L’homme quitte son père et sa mère, s’attache à sa femme, et tous deux deviennent une seule chair.

Cette conception deviendra un principe structurant des traditions juive et chrétienne en matière de mariage.

Et elle prendra une importance encore plus considérable lorsque Jésus lui-même reprendra ce passage pour enseigner ce que doit être le mariage et condamner le divorce.

Pourquoi Dieu ne mentionne-t-il jamais le couple homosexuel ?

C’est ici qu’apparaît une point fondamentale.

Si le Dieu de la Bible est omniscient, il connaît l’avenir.

Il connaît toutes les réalités humaines.

Il sait que des personnes homosexuelles existeront dans toutes les sociétés et à toutes les époques.

Il connaît également à l’avance les persécutions, discriminations, violences, condamnations religieuses et politiques dont les homosexuels feront l’objet pendant des siècles dans les sociétés façonnées par le judaïsme et le christianisme.

Alors pourquoi ne pas avoir inclus explicitement une autre possibilité dès la formulation du principe ?

Pourquoi ne pas avoir dit, par exemple :

« L’homme s’attachera à sa femme ou à son homme » ?

Quelques mots auraient suffi.

Mais ces mots ne sont jamais prononcés.

À aucun moment.

Ce silence biblique concernant la possibilité d’un couple homosexuel légitime n’est pas sans conséquence.

Pendant des millénaires, les textes bibliques seront invoqués pour condamner les relations homosexuelles, empêcher leur reconnaissance sociale et religieuse et justifier leur répression.

Europe, XVe siècle. Au Moyen Âge et à l’époque moderne, les actes homosexuels masculins (souvent appelés « sodomie » dans les textes juridiques) étaient criminalisés dans de nombreux États européens, catholiques comme protestants.

Et ces conséquences existent encore aujourd’hui.

Mais la Bible ne va pas se contenter de ce silence.

Elle va beaucoup plus loin.

Lévitique 20,13 : la Bible ordonne la mort pour un rapport homosexuel

Dans la loi que Dieu donne à Moïse, le texte devient explicite :

« Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort. »
Lévitique 20:13 (Bible, Ancien Testament)

« Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. »
Lévitique 18:22 (Bible, Ancien Testament)

Difficile ici de parler d’une simple absence de reconnaissance.

Il s’agit d’une condamnation explicite des rapports sexuels entre hommes dans la Bible, assortie de la sanction la plus extrême possible : la mort.

Et un élément est particulièrement important.

Le passage ne présente pas l’un des deux hommes comme la victime de l’autre.

Les deux sont déclarés coupables.

Les deux auraient commis « une chose abominable ».

Et les deux doivent mourir.

Il ne s’agit donc pas, dans la formulation du verset, de condamner uniquement un viol, une agression sexuelle ou une relation obtenue sous la contrainte.

Dans la tradition juridique rabbinique, une personne ayant accompli un acte sous la contrainte n’est d’ailleurs pas considérée comme responsable de la même manière.

Ici, c’est l’acte lui-même qui est condamné.

Et sa sanction est la mort.

Mais les chrétiens doivent-ils encore appliquer les enseignements moraux de la loi de Dieu ?

Une objection minoritaire de chrétiens, qui souhaitent rendre la Bible plus inclusive, apparaît alors immédiatement.

Les chrétiens n’appliquent plus l’ensemble des lois de l’Ancien Testament.

Effectivement.

Lorsque le dieu Jésus vient rendre visite aux humains sur Terre pour se faire crucifier, une partie de la loi biblique est considérée comme « accomplie » et n’est donc plus appliquée de la même manière par les chrétiens.

Il faut alors déterminer quelles règles doivent être conservées.

Traditionnellement, les théologiens chrétiens ont distingué plusieurs catégories de lois bibliques.

Les lois morales

Il s’agit des règles censées exprimer des principes moraux durables.

Par exemple :

« Tu ne mentiras point » (Exode 20:16).

« Tu ne tueras point » (Exode 20:13).

L’interdiction des rapports sexuels avec les animaux (Lévitique 18).

L’interdiction de pratiquer la magie (Deutéronome 18:10-12).

L’interdiction d’adorer d’autres dieux.

Et ainsi de suite.

Ces règles restent généralement considérées comme moralement valables par les chrétiens.

Les lois rituelles

D’autres commandements concernent les pratiques religieuses particulières du peuple d’Israël.

Par exemple :

« Le huitième jour, on découpera le prépuce de l’enfant. »
Lévitique 12:3 (Bible, Ancien Testament)

Ou encore les interdictions alimentaires concernant notamment le porc et certains animaux aquatiques (Lévitique 11:7-10).

Ces règles ne sont plus considérées comme obligatoires pour les chrétiens.

Les lois d’organisation de la société

Enfin, l’Ancien Testament contient également des règles destinées à organiser matériellement la société israélite de l’époque :

« Si un homme frappe son esclave […] s’il survit un jour ou deux, l’homme ne sera point puni, car c’est son argent. »
Exode 21:20-21 (Bible, Ancien Testament)

« si parmi les prisonnières, tu trouves une femme avec de bonnes formes et que et tu la désires, tu pourras la prendre pour femme afin de pouvoir coucher avec elle »
Deutéronome 21:10-14 (Bible, Ancien Testament)

« Si le bœuf d’un homme frappe le bœuf d’un autre, et que celui-ci meure, on vendra le bœuf vivant et l’on en partagera le prix ; on partagera aussi le bœuf mort. »
Exode 21:35 (Bible, Ancien Testament)

Ces règles ne sont évidemment plus appliquées dans les sociétés chrétiennes contemporaines.

Jésus résume la loi : aimer Dieu et aimer son prochain

Pour faire plus simple — et rendre la religion considérablement plus acceptable aux yeux du monde moderne — les chrétiens écriront dans le Nouveau Testament qu’une grande partie de ces prescriptions est considérée comme accomplie avec Jésus.

Jésus résume alors les commandements essentiels autour de deux principes :

aimer Dieu et aimer son prochain.

« « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le premier commandement.
Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » »
Matthieu 22,36-40 (Bible, Nouveau Testament)

Cela pourrait sembler enfin résoudre le problème pour les homosexuels.

Après tout, si la règle centrale du christianisme consiste à aimer son prochain, pourquoi continuer à condamner l’homosexualité ?

Parce que, dans la logique chrétienne traditionnelle, aimer Dieu implique également d’aimer et de respecter la morale attribuée à Dieu.

Et c’est précisément ici qu’apparaît une formule devenue extrêmement courante dans certains milieux chrétiens :

« Nous aimons le pécheur, mais nous n’aimons pas le péché. »

Appliquée à l’homosexualité, elle devient :

« Nous aimons les personnes homosexuelles, mais nous n’acceptons pas leurs pratiques homosexuelles. »

Autrement dit, l’individu peut être accepté à condition que l’expression sexuelle et amoureuse de son homosexualité demeure considérée comme un péché.

Une personne homosexuelle pourrait donc être « aimée » tout en se voyant demander de renoncer aux relations correspondant à son orientation sexuelle.

Existe-t-il une relation homosexuelle positive dans la Bible ?

Il reste alors une question extrêmement simple.

Sur les centaines et centaines de pages que compte la Bible, trouve-t-on une relation homosexuelle explicitement présentée comme moralement bonne et approuvée par Dieu ?

Un couple ?

Un mariage ?

Une union ?

Une relation sexuelle ?

Un personnage biblique considéré comme juste et explicitement présenté comme homosexuel ?

Non.

Aucun mariage homosexuel n’est célébré dans la Bible.

Aucune relation sexuelle homosexuelle n’y reçoit explicitement l’approbation divine.

Aucun prophète ne vient expliquer qu’un homme peut aimer et épouser un autre homme.

Aucun commandement n’établit l’égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels.

Et lorsqu’un acte homosexuel apparaît explicitement dans certains récits bibliques, le contexte peut être extrêmement sordide.

C’est notamment le cas du récit de Sodome dans Genèse 19, où apparaît une tentative d’agression sexuelle collective.

On retrouve une scène comparable, et particulièrement violente, dans l’histoire de Guibea racontée dans Juges 19.

Ces épisodes ne décrivent évidemment pas des couples homosexuels consentants et amoureux.

Mais c’est justement là que réside le problème.

La Bible pouvait raconter une relation homosexuelle positive. Elle ne le fait jamais explicitement.

Elle pouvait présenter un couple homosexuel fidèle.

Elle ne le fait pas.

Elle pouvait reconnaître leur union.

Elle ne le fait pas.

Elle pouvait distinguer clairement homosexualité consentie et violence sexuelle.

Elle ne le fait pas explicitement lorsqu’elle énonce ses interdictions.

Et lorsqu’elle légifère directement sur un rapport sexuel entre hommes dans Lévitique 20:13 et 18:22, elle le condamne.

Jésus et l’homosexualité : pourquoi ce silence ?

Revenons maintenant à Jésus.

On entend parfois cet argument :

« Jésus n’a jamais condamné l’homosexualité. »

C’est vrai dans un sens précis : les Évangiles ne rapportent aucune déclaration de Jésus disant explicitement :

« L’homosexualité est interdite. »

Mais cette absence pose elle-même une question.

Car si Jésus est Dieu, comme l’affirment les Évangiles et le christianisme traditionnel, alors Jésus est le dieu qui a inspiré l’Ancien Testament et celui qui a fait écrire ces lois abominables.

Jésus, étant Dieu, il est alors, également, omniscient.

Il sait parfaitement dans quelle société il intervient.

Il vit dans une culture juive homophobe où les relations sexuelles entre personnes du même sexe font l’objet d’une condamnation explicite, comme en témoignent la littérature juive antique : Le Livre des Jubilés, Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe.

Il connaît les textes du Lévitique.

Il connaît leur interprétation.

Et surtout, s’il est omniscient, il connaît l’avenir.

Il sait comment ses paroles seront utilisées pendant les siècles qui suivront.

Il sait que le christianisme deviendra l’une des religions les plus importantes de l’histoire humaine.

Il sait que ses enseignements influenceront les lois, les institutions, les familles, les tribunaux et la morale sexuelle de sociétés entières.

Il sait également que des homosexuels seront rejetés, condamnés, emprisonnés, persécutés et parfois tués dans des sociétés chrétiennes.

Alors pourquoi ne dit-il rien ?

Jésus aurait pu corriger la conception traditionnelle de l’homosexualité

Un couple homosexuel espérait que Jésus abolisse l’interdiction de l’homosexualité dans la tradition juive.

Jésus intervient pourtant sur énormément de sujets.

Il enseigne.

Il corrige.

Il nuance.

Il durcit.

Il réinterprète certaines règles.

Il critique certaines traditions religieuses.

Il parle du mariage, du divorce, de l’adultère, du désir sexuel et de la fidélité.

Mais concernant précisément la légitimité des relations homosexuelles, aucune correction explicite n’est rapportée.

Jésus ne déclare jamais :

« Deux hommes peuvent former un couple devant Dieu. »

Il ne dit jamais :

« Deux femmes peuvent former un couple devant Dieu. »

Il ne dit jamais :

« La condamnation des rapports homosexuels contenue dans le Lévitique appartient désormais au passé. »

Il ne dit jamais :

« Ne considérez plus les relations homosexuelles comme un péché. »

Il ne dit rien de tout cela.

Plus encore : lorsqu’il choisit lui-même de parler du mariage, Jésus reprend précisément le modèle établi dans la Genèse.

Jésus reprend Genèse 2:24 pour parler du mariage

Interrogé sur le divorce, Jésus revient directement à la création de l’homme et de la femme et reprend le principe de Genèse 2:24.

Le modèle invoqué est donc encore une fois celui-ci :

un homme, une femme, une union, une seule chair.

Jésus utilise ce modèle pour défendre une conception particulièrement exigeante du mariage : l’homme et la femme unis ne doivent pas être séparés.

Il avait donc précisément l’occasion d’élargir ce modèle.

Il aurait pu ajouter quelques mots.

Il aurait pu préciser que ce principe n’excluait pas les couples homosexuels.

Il aurait pu expliquer que deux hommes ou deux femmes pouvaient également être unis devant Dieu.

Mais il ne le fait pas.

Il reprend au contraire Genèse 2:24 comme référence de son enseignement sur le mariage, sans ouvrir explicitement la porte à une autre forme d’union.

Bible, christianisme et homosexualité : le problème ne repose donc pas sur un seul verset

Le problème de l’homosexualité dans la Bible ne peut donc pas être réduit à une phrase isolée du Lévitique dont on pourrait simplement discuter la traduction.

C’est un ensemble beaucoup plus large.

Dès la Genèse, le modèle matrimonial présenté est celui de l’homme et de la femme.

Dans la loi mosaïque, les rapports sexuels entre hommes font l’objet d’une condamnation explicite allant jusqu’à la peine de mort.

Dans les centaines de récits qui composent la Bible, aucune relation homosexuelle n’est explicitement célébrée comme moralement bonne devant Dieu.

Et lorsque Jésus apparaît, il ne corrige jamais explicitement cette conception.

Au contraire, lorsqu’il parle lui-même du mariage, il revient au modèle homme-femme de la Genèse.

On peut évidemment décider, aujourd’hui, d’interpréter ces textes différemment.

On peut défendre un christianisme inclusif.

On peut considérer certains passages comme liés à leur époque.

On peut estimer que le message général d’amour du prochain doit prendre le dessus sur les prescriptions sexuelles de l’Ancien Testament.

On peut même considérer que les auteurs bibliques ne disposaient tout simplement pas de notre compréhension contemporaine de l’orientation sexuelle.

Mais cette dernière solution soulève immédiatement une difficulté théologique :

Si la Bible est véritablement inspirée par un Dieu omniscient, pourquoi son contenu dépendrait-il des limites morales et culturelles des hommes qui l’ont écrite ?

Et si Jésus est lui-même ce Dieu omniscient venu parmi les humains, pourquoi n’a-t-il pas profité de son enseignement pour lever définitivement l’ambiguïté ?

Quelques phrases auraient pu changer des siècles d’histoire.

Elles ne figurent pas dans les Évangiles.

Et le Nouveau Testament ne s’arrête d’ailleurs pas là.

Car après Jésus viennent ses apôtres.

Et grâce au silence de Jésus sur le sujet, certains textes du Nouveau Testament vont parler beaucoup plus directement des rapports homosexuels.

Nous verrons que les enseignements attribués aux apôtres du dieu Jésus seront encore plus explicites — et particulièrement sévères — concernant ce que nous appelons aujourd’hui les personnes LGBT+ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, et plus). La Tradition chrétienne, loin d’atténuer ces textes, les prolongera et les renforcera.

N.D.L.R. (Note de la rédaction) — En France, les doctrines religieuses homophobes bénéficient d’une protection au titre de la liberté de religion. En revanche, cette protection ne s’étend pas aux éventuelles incitations illégales à la haine, à la discrimination ou à la violence envers des personnes ou des groupes. C’est également pour cette raison que le petit dicton « Nous aimons les personnes homosexuelles, mais nous n’acceptons pas leurs pratiques homosexuelles. » des chrétiens est très importants pour eux.