Découvrez les passages et les enseignements de la Bible qui posent problème sur les plans moral, rationnel, historique ou scientifique.

Pour un monde meilleur

Dès les premiers chapitres de la Genèse, la Bible pose les fondations de la place de la femme dans le récit biblique. L’ordre de la création, le rôle attribué à Ève, la chute de l’humanité et les malédictions divines dessinent une vision qui influencera toute la tradition judéo-chrétienne.

Ces deux premiers chapitres contiennent plusieurs éléments souvent négligés, mais qui éclairent la conception biblique des rapports entre les hommes et les femmes.

Le mouvement tradwife « épouse traditionnelle » poussé aujourd’hui par les chrétiens américains

La création de la femme dans la Genèse : une aide pour l’homme

Au chapitre 2 de la Genèse, Dieu crée d’abord Adam, puis organise progressivement le reste de la création autour de lui.

Avant même la création de la femme, Dieu fait défiler devant Adam tous les animaux afin qu’il leur donne un nom, signe de son autorité sur l’ensemble du monde vivant.

« L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul […] L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. »
Genèse 2:18

Malgré cette multitude d’êtres vivants, aucun ne constitue une véritable compagnie pour Adam.

La solution imaginée par Dieu est alors de créer une femme.

Ève est créée à partir d’Adam

Selon le texte biblique, Dieu plonge Adam dans un profond sommeil, prélève l’une de ses côtes et façonne Ève.

« pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui.
Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. […] Et l’homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. »
Genèse 2:20-23

Adam est si heureux : elle est l’os de ses os, la chair de sa chair ; Dieu l’a créée tout spécialement pour lui, afin de lui être une aide. Il reçoit même l’autorité de la nommer, et lui donne un nom, comme il l’avait fait auparavant pour les animaux, qui rappelle qu’elle est issue de lui.

Cette succession d’événements installe dès l’origine une hiérarchie entre les deux sexes.

Un modèle de couple centré sur l’homme et la dépendance féminine

La Genèse poursuit :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
Genèse 2:24

Ce verset biblique est un fondement sur la condition de la femme mais aussi de la seule sexualité approuvée dans toute la Bible (voir l’article Bible et homosexualité : l’Ancien Testament et Jésus sont-ils homophobes ?). Il s’inscrit dans une vision profondément patriarcale des relations entre les sexes.

La narration s’organise toujours autour de l’homme. L’identité de la femme est entièrement intégrée au couple et à la fonction qui lui est attribuée auprès de l’homme. Pendant des siècles, ce passage a servi à justifier l’idée que la vocation première des femmes était le mariage, la maternité et l’accompagnement de leur mari. Leur indépendance économique, sociale ou religieuse passait au second plan, puisque le modèle biblique les présentait avant tout comme les partenaires d’un homme plutôt que comme des individus autonomes.

Adam, Ève et le fruit défendu

Adam et Eve vivaient dans un paradis terrestre, le jardin d’Éden. Il n’y avait pas de maladies, de catastrophe naturelles, tous les animaux étaient physiquement inoffensifs.

C’était magnifique, mais Dieu y avait placé des épreuves pour les « tester ».

Il y avait dans l’Éden un arbre dont Dieu avait défendu de manger les fruits. De plus, Dieu y avait aussi laissé un serpent diabolique et parlant qui s’approcha d’Ève pour la tenter. Elle se laissa séduire, goûta au fruit défendu, puis, à son tour, elle séduisit Adam et l’amena, lui aussi, à en manger.

Le serpent ancien séduisit la femme et l’amena à goûter au fruit défendu ; puis la femme, à son tour, en persuada l’homme

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. »
Genèse 3:1-6

Cette séquence sera souvent utilisée, dans la Bible et au cours de l’histoire, pour présenter la femme comme celle par qui le péché est entré dans le monde.

Les malédictions après la chute

Dieu, omniscient, savait que Ses créatures, Adam et Eve, tels qu’ils avaient été conçus, ne pouvaient pas réussir son défi, mais il décida tout de même de maudire toute la bande, et toutes leurs descendances :

  • le serpent fut condamner à ramper sur le ventre et à être dangereux pour l’humanité ;
  • Dieu créa les terribles douleurs de la grossesse et de l’accouchement pour Eve et toutes les futures femmes ;
  • Dieu condamne les femmes à être tyrannisées par les hommes ;
  • Dieu maudit la Terre entière, pour que l’homme et toute sa descendance aient une vie difficile, de maladies, de catastrophes naturelles et de dangers :
  • Dieu fit également la première tuerie de la Bible, le premier sacrifice pour lui même, Il exécuta des animaux pour confectionner des habits afin de couvrir la nudité d’Adam et Eve. Pour Dieu la nudité est une honte.

« L’Éternel Dieu dit au serpent: […] tu seras maudit […], tu marcheras sur ton ventre […] Je mettrai inimitié entre toi et la femme[…] : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

Il dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.

Il dit à l’homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre: Tu n’en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs. C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.

L’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit.

L’Éternel Dieu dit: […] Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement. Et l’Éternel Dieu le chassa du jardin d’Éden, pour qu’il cultivât la terre, d’où il avait été pris. »

Genèse 3:14-23

💡 À propos du terme "dominira"

Le terme hébreu original traduit par « dominera » est māshal. Ce mot peut désigner aussi bien une domination légitime et ordonnée — celle d’un roi, d’un chef ou même de Dieu lui-même (2 Samuel 23:3 ; Psaume 66:7, etc.) — qu’une domination tyrannique, perverse et désordonnée (Jérémie 51:46 ; Esaïe 52:5, etc.).

Dans Sa malédiction, Dieu fait évidemment référence à ce second type de domination.

Une lecture critique de la Genèse

Ces premiers chapitres soulèvent plusieurs interrogations.

Les sanctions prononcées par Dieu sont-elles proportionnées à la faute commise ?

Pourquoi faire porter à l’ensemble de l’humanité les conséquences d’une désobéissance unique ?

Comment interpréter le pouvoir accordé à l’homme sur la femme, présenté comme une volonté divine, ainsi que la tyrannie masculine, décrite comme une conséquence de la Chute ?

Ces questions seront abordées plus en détail dans de futurs articles.

Ce que racontent réellement les deux premiers chapitres de la Genèse sur la femme

À la lecture de ces passages, plusieurs éléments ressortent :

  • la femme est créée en seconde Pour l’homme, à partir de lui, à son image, pas l’inverse ;
  • elle est présentée comme une aide destinée à Adam ;
  • l’homme a l’autorité sur toute la création, il nomme les animaux et la femme, installant dès l’origine du récit biblique une hiérarchie ontologique entre eux, antérieure même à la chute ;
  • la femme est celle qui a fait entrer en premier le malheur sur Terre ;
  • la femme, comme le serpent, est une séductrice, elle est une occasion de chute pour l’homme ;
  • la femme ne quitte pas ses parents pour chercher un mari, c’est l’inverse.
    (Dieu instaure le couple hétérosexuel comme seul modèle. Étant omniscient Il n’aurait pas « oublié » d’instaurer d’autres modèles…).

La Genèse, fondement d’une vision patriarcale ?

Dès les premières pages de la Bible, en l’espace de deux chapitres, le terrible cocktail misogyne et patriarcale — ainsi qu’homophobe — est mis en place. Il traversera ensuite l’ensemble des Écritures : la hiérarchie entre les sexes, la domination masculine, l’association de la femme avec la tentation et la définition du couple hétérosexuel comme norme.

Il imprégnera le reste de la Bible dans son entièreté, et marquera durablement la condition des femmes — et des personnes homosexuelles — dans les sociétés marquées par les traditions juives et chrétiennes pendant des millénaires jusqu’à encore aujourd’hui.

L’étude des autres livres bibliques permettra d’examiner dans quelle mesure ces thèmes sont confirmés et développés tout au long de la Bible.