Nous avons déjà vu que l’esclavage dans l’Ancien Testament est explicitement autorisé et réglementé par la loi biblique. Dieu permet aux Israélites de posséder des esclaves et leur fournit même tout un ensemble de règles pour encadrer cette pratique (cf. Esclavage dans la Bible : Dieu et son infâme code esclavagiste).
On pourrait alors imaginer qu’en s’incarnant sur Terre en Jésus, le dieu de la Bible profiterait de l’occasion pour corriger tout ça. Après tout, le christianisme présente Jésus comme un modèle moral absolu, venu accomplir et révéler pleinement la volonté de Dieu.
Alors, Jésus condamne-t-il l’esclavage ?
Non.
Jésus ne condamne jamais l’esclavage. Il ne demande jamais aux maîtres d’affranchir leurs esclaves et ne revient jamais sur les lois esclavagistes de l’Ancien Testament.
Plus surprenant encore : Jésus utilise régulièrement l’esclavage dans d’affreuses paraboles pour représenter la relation entre Dieu et les hommes.
Jésus compare les hommes à des esclaves de Dieu
Dans l’Évangile selon Luc, Jésus raconte une parabole dans laquelle le maître représente Dieu et ses esclaves représentent ses disciples (les chrétiens).
Il explique alors ce qui attend le chrétien qui connaissait la volonté de Dieu mais ne lui a pas obéi :
« L’esclave (doulos) qui, ayant connu la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas agi selon sa volonté, sera battu d’un grand nombre de coups. »
Luc 12:47-48 (Bible, Nouveau Testament)

On remarque au passage que l’image d’un esclave roué de coups par son maître ne semble pas vraiment poser de problème moral à Jésus. Cela fait bien évidemment écho à la loi biblique qui l’autorise : Exode 21:20-21
Dans la même parabole, le sort réservé au mauvais chrétien devient encore plus violent :
« Mais, si cet esclave (doulos) dit en lui-même : Mon maître tarde à venir ; s’il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les infidèles. »
La parabole utilise donc une relation de domination bien réelle à l’époque — celle du maître sur son esclave — pour illustrer l’autorité de Dieu et le châtiment de ceux qui lui désobéissent.
Connaissant l’horreur de l’esclavage, Jésus aurait pourtant pu choisir l’image d’un roi et de ses sujets libres, d’un employeur et de son travailleur ou simplement d’un chef et de son serviteur libre.
Mais non : à plusieurs reprises, c’est bien le maître et son esclave qui servent de modèle.
Que signifie réellement le mot grec « doulos » ?
Certaines versions de la Bible traduisent le mot doulos par « serviteur » , ce qui donne évidemment une impression beaucoup plus sympathique.
Mais les Évangiles et les épîtres du Nouveau Testament sont écrits en grec koinè, et δοῦλος (doulos) désignait littéralement une personne juridiquement dépendante d’un maître et non libre. Pour un domestique ou serviteur libre rémunéré, le grec disposait d’autres termes.
Le contexte est donc essentiel.
Dans une société romaine où l’esclavage constitue une institution juridique parfaitement réelle, traduire doulos par le vague et moderne « serviteur » dénature complètement les enseignements du dieu Jésus.
« Nous sommes des esclaves inutiles »
Dans Luc 17, Jésus reprend exactement la même image.
Il demande à ses disciples d’imaginer un homme possédant un esclave qui travaille dans ses champs. Lorsque celui-ci rentre après sa journée de travail, le maître ne lui propose pas de se reposer. Il lui demande de préparer son repas et de continuer à le servir :
« Lequel de vous, ayant un esclave (doulos) qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : “Viens vite te mettre à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, ceins-toi, et sers-moi, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu” ? Va-t-il être reconnaissant envers cet esclave (doulos) d’avoir exécuté ses ordres ? Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »
Luc 17:7-10 (Bible, Nouveau Testament)
Le message théologique est simple : les croyants ne doivent pas attendre de félicitations pour avoir obéi à Dieu. Ils n’ont fait que leur devoir.
Pour expliquer cette relation, Jésus prend donc l’exemple d’un esclave qui travaille toute la journée avant de devoir encore servir son maître à table… sans même attendre de remerciements.
Charmante métaphore.
L’esclave inutile jeté en Enfer
Dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus utilise encore l’image du maître et de ses esclaves dans la parabole des talents.
Le mauvais esclave finit ainsi :
« Jetez l’esclave (doulos) inutile dans les ténèbres du dehors ; là seront les pleurs et les grincements de dents. »
Matthieu 25:30 (Bible, Nouveau Testament)

Les « ténèbres du dehors », accompagnées des « pleurs et des grincements de dents », appartiennent au langage utilisé par l’Evangile de Matthieu pour représenter le jugement et l’exclusion des condamnés en Enfer.
Une nouvelle fois, la relation maître-esclave sert donc à représenter la relation entre Dieu et les humains, avec l’obéissance attendue et la punition du mauvais serviteur.
Jésus : un maître « doux » ?
Jésus rassure tout de même ses disciples : contrairement à certains maîtres, il se présente comme un maître particulièrement agréable à servir… à condition, bien sûr, de lui obéir :
« Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. »
Matthieu 11:29 (Bible, Nouveau Testament)
Le problème n’est donc jamais présenté comme étant l’existence même d’un maître auquel des individus doivent obéir.
Jésus ne dit pas : « Aucun homme ne devrait appartenir à un autre homme. »
Il ne dit pas : « Libérez vos esclaves. »
Il ne condamne jamais l’institution.
Au contraire, le vocabulaire de la domination et de la servitude devient une métaphore centrale de l’obéissance à Dieu.
Les premiers chrétiens se présentent comme les « esclaves du Christ »
Cette conception se retrouve donc naturellement chez les premiers auteurs chrétiens.
Le mot grec δοῦλος (doulos), qui désigne notamment l’esclave, apparaît régulièrement pour décrire leur relation avec Jésus. Les premiers chrétiens ne se présentent pas comme « amis de Jésus », mais comme « esclaves de Jésus-Christ » :
- « Paul, esclave (doulos) de Jésus-Christ » — Romains 1:1
- « Timothée, esclaves (doulos) de Jésus-Christ » — Philippiens 1:1
- « Jacques, esclave (doulos) de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ » — Jacques 1:1
- « Simon Pierre, esclave (doulos) et apôtre de Jésus-Christ » — 2 Pierre 1:1
- « Jude, esclave (doulos) de Jésus-Christ » — Jude 1:1
Dans l’Apocalypse, les croyants sont eux aussi régulièrement désignés comme les « esclaves (doulos) de Dieu » (Ap 1,1 ; 7,3 ; …).

Le modèle est donc parfaitement intégré à la théologie chrétienne : Dieu est le maître, les croyants sont ses esclaves et doivent lui obéir.
Saint Paul et l’esclavage : « Esclaves, obéissez à vos maîtres »
Le problème devient encore plus évident lorsqu’on quitte les paraboles pour regarder les instructions données aux véritables esclaves chrétiens.
Car plusieurs textes du Nouveau Testament leur demandent explicitement d’obéir à leurs maîtres.
Dans la première lettre à Timothée :
« Que tous ceux qui sont sous le joug de l’esclavage (doulos) regardent leurs maîtres comme dignes de tout honneur […] Et que ceux qui ont des fidèles pour maîtres ne les méprisent pas, sous prétexte qu’ils sont frères ; mais qu’ils les servent d’autant mieux. »
1 Timothée 6:1-2 (Bible, Nouveau Testament)

(1 Tm 6,1-2)
Dans l’épître aux Éphésiens :
« Esclaves (doulos), obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme à Christ. »
Éphésiens 6:5 (Bible, Nouveau Testament)
Dans Colossiens :
« Esclaves (douloi), obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair, non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur, dans la crainte du Seigneur. »
Colossiens 3:22 (Bible, Nouveau Testament)
Et dans l’épître à Tite :
« Exhorte les esclaves (doulos) à être soumis à leurs maîtres, à leur être agréables en toutes choses, à ne pas les contredire, à ne rien détourner. »
Tite 2:9-10 (Bible, Nouveau Testament)
Le Nouveau Testament ne dit donc pas aux maîtres chrétiens :
« Libérez vos esclaves. »
Il dit aux esclaves :
« Obéissez à vos maîtres. »
La nuance est importante.
Mais Paul n’a-t-il pas dit : « Il n’y a plus ni esclave ni libre » ?
C’est probablement l’un des versets les plus souvent utilisés pour défendre l’idée que le christianisme aurait posé les bases de l’abolition de l’esclavage :
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. »
Galates 3:28 (Bible, Nouveau Testament)
Sortie de son contexte, la phrase semble effectivement révolutionnaire.
Mais elle parle avant tout de l’égalité des croyants dans leur accès au Christ et au salut.
Ce verset n’abolit pas les hiérarchies sociales concrètes, puisque nous avons vu que les mêmes lettres de Paul déclarent que les esclaves doivent obéir à leurs maîtres, que les hommes sont les chefs des femmes (1 Co 11:3-9, Ép 5:23-24) et que les juifs sont le peuple élu à part de Dieu (Ro 9:4–5)
L’affirmation d’une unité spirituelle en Christ n’empêche pas les textes chrétiens de maintenir d’autres hiérarchies sociales et religieuses.
L’égalité devant Dieu n’est donc pas une abolition de l’esclavage sur Terre.
À quoi ressemblait l’esclavage au temps de Jésus et de Paul ?
Il ne faut surtout pas imaginer l’esclave romain comme un simple domestique salarié libre. Non, la plupart étaient non libres et provenaient de conquêtes de l’Empire romain. Le nexum n’avait jamais constitué une source majeure de l’esclavage romain et avait déjà disparu depuis plusieurs siècles au temps de Jésus.
💡 Nexum
certains citoyens romains pouvaient se placer en servitude pour dettes : ils engageaient leur personne auprès d'un créancier et travaillaient sous son autorité jusqu'au remboursement de leur dette. La distinction avec l'esclave classique est importante : le nexus restait en principe un citoyen libre sur le plan juridique. Il ne devenait pas une propriété (servus) au même titre qu'un captif de guerre acheté sur un marché. Il pouvait retrouver pleinement sa liberté en réglant sa dette.Le nexum appartient surtout à la Rome archaïque et aurait été interdit au IVᵉ siècle av. J.-C., traditionnellement en 326 av. J.-C.
Il faut savoir qu’à cette époque l’esclavagisme dans l’empire romain était encore très rude, comme dans l’Ancien Testament. La plupart des esclaves de l’Empire :
- étaient considérés juridiquement comme des meubles, ils n’étaient jamais libérés (déjà autorisé par Dieu dans la loi de Moïse) ;
- n’étaient pas des domestiques et étaient très mal traités. Ils étaient soumis à des châtiments corporels (déjà autorisé par Dieu dans la loi de Moïse), à l’exploitation sexuelle (autorisé dans le cadre des mariages forcés par Dieu dans la loi de Moïse), à la torture et à des exécutions sommaires.
- Les enfants d’esclaves devenaient propriétés des maîtres de leurs parents (déjà autorisé par Dieu dans la loi de Moïse) .

C’est dans cette société-là que les textes du Nouveau Testament sont écrits.
C’est à ces esclaves que l’on demande d’obéir à leurs maîtres.
Et c’est cette institution que Jésus utilise tranquillement comme décor de plusieurs de ses paraboles.
Le Nouveau Testament demande-t-il aux maîtres de bien traiter leurs esclaves ?
Certains textes demandent aux maîtres chrétiens de modérer leur comportement.
Éphésiens 6:9 leur demande notamment de ne pas menacer leurs esclaves, tandis que Colossiens 4:1 leur demande de leur accorder ce qui est « juste et équitable ».
C’est évidemment préférable à l’appel à la violence.
Mais les maîtres d’esclaves n’étaient pas encore chrétiens à l’époque et une chose essentielle manque toujours :
l’affranchissement.
Les auteurs ne disent pas aux maîtres :
« Puisque vous êtes chrétiens, posséder un être humain est immoral. Libérez-le. »
Ils cherchent essentiellement à moraliser les rapports entre maîtres et esclaves sans supprimer l’institution elle-même.
Le christianisme a-t-il aboli l’esclavage ?
Après la mort de Jésus, Saint-Paul va réussir à s’imposer parmi les premiers chrétiens, développer et faire évoluer la théologie chrétienne. Cette nouvelle religion va se répandre dans tout l’empire romain, quasiment sans d’entraves pendant plus de 200 ans.
S’ensuivent 3 vagues de persécutions, brèves et d’intensité variable selon les régions. Certains empereurs, cherchant à rétablir l’ordre et à renforcer l’unité religieuse de l’Empire, s’en prennent aux chrétiens, qui refusent d’offrir des sacrifices aux dieux de Rome et au génie de l’empereur. Sans succès.
En 313, le christianisme devient offciellement légal.
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Matthieu 22:21 (Jésus, Bible Nouveau Testament)
En 380, l’empereur Théodose ler voit dans le christianisme un puissant instrument d’unité politique et en fait la religion officielle de l’Empire romain.

Les chrétiens disposent alors progressivement d’un pouvoir politique considérable.
Pourtant, l’esclavage ne disparaît pas.
Pourquoi ?
Une explication embarrassante saute aux yeux : la Bible ne condamne tout simplement jamais l’institution de l’esclavage. La chrétienté bénira ou tolérera la mise en esclavage d’autres peuples pendant des siècles.
L’Église et l’esclavage au Moyen Âge
C’est seulement à partir du XIe siècles (plus de 1000 ans après J.-C.) que l’esclavage des chrétiens internes devient très rare en occident. Il est progressivement remplacé par le servage, dans lequel les paysans restent juridiquement non libres, mais ne sont plus considérés comme des biens meubles. Ce changement ne s’explique pas seulement par des raisons religieuses. Les seigneurs trouvent également plusieurs avantages économiques à transformer leurs esclaves en serfs. Quant à l’Église, elle a continué à posséder des esclaves durant une partie du Moyen Âge…
Pour les esclaves issus des peuples conquis, la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 est un moment clef. Les grandes conquêtes, qui fournissaient l’essentiel des nouveaux esclaves, deviennent beaucoup plus rares. Les royaumes médiévaux ont donc de moins en moins de captifs à réduire en esclavage.
L’Église ne proclame toujours pas une interdiction universelle et absolue de posséder un autre être humain.
Christianisme, colonisation et retour de l’esclavage de masse
À partir du XVe siècle, l’expansion européenne vers l’Afrique puis les Amériques ouvre une nouvelle période catastrophique. Et le christianisme est désormais la religion des puissances coloniales européennes.
C’est le début de la colonisation, un retour à l’esclavage de masse, sous la bénédiction de l’Église, que les colonisés se convertissent ou non.

La Bible, qui aurait pu contenir depuis des millénaires une phrase aussi simple que :
« Tu ne posséderas jamais un autre être humain comme esclave. »
…n’en contient aucune.
Au contraire, les sociétés chrétiennes disposent de textes dans lesquels l’esclavage est réglementé dans l’Ancien Testament et dans lesquels les esclaves sont invités à obéir à leurs maîtres dans le Nouveau.
On comprend facilement comment ces passages ont pu être utilisés pendant des siècles pour défendre ou tolérer l’institution.
Il faudra attendre les mouvements abolitionnistes
L’abolition de l’esclavage se fera sans l’Eglise, résultat d’une histoire complexe mêlant évolutions économiques, transformations politiques, révoltes d’esclaves, mouvements abolitionnistes et la philosophie des Lumières, largement nourrie par la remise en cause de l’autorité intellectuelle de l’Église.
En France, une première abolition est proclamée en 1794.
Autrement dit, il aura fallu attendre près de deux millénaires après Jésus pour que les sociétés chrétiennes abolissent progressivement une institution que leur dieu aurait pu condamner en une seule phrase.
Le 25 mai 2026, le pape Léon XIV a reconnu pour la première fois la responsabilité directe de l’Eglise catholique dans la légitimation de l’esclavage au cours de l’histoire, et a demandé « sincèrement pardon » au nom de l’Eglise.
Il aurait dû demander pardon au nom de son « dieu ».

Jésus était-il contre l’esclavage ?
Si l’on reste fidèles aux textes du Nouveau Testament, rien ne permet d’affirmer que Jésus condamnait l’esclavage en tant qu’institution.
Il utilise au contraire régulièrement la relation entre maître et esclave dans ses paraboles.
Les premiers chrétiens se présentent comme les « esclaves » du Christ.
Et plusieurs textes du Nouveau Testament demandent directement aux esclaves chrétiens d’obéir à leurs maîtres.
Certes, le christianisme contient aussi des principes moraux bien connus dans le monde antique : respect du prochain (cf. La Règle d’or), et égalité morale fondamentale (déjà développée depuis le IIIᵉ siècle av. J.-C. par les stoïciens).
Mais il reste un problème gigantesque :
la condamnation explicite de l’esclavage n’est jamais formulée.
Une étrange omission pour la parole d’un Dieu parfait
Pendant près de deux millénaires, les sociétés ont dû faire évoluer leur conception de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine.
Et lorsqu’elles ont fini par considérer qu’un être humain ne devrait jamais pouvoir être la propriété d’un autre, elles sont allées moralement plus loin que ce qu’énonce la Bible sur ce sujet.
C’est tout le problème d’un livre présenté comme la parole éternelle d’une intelligence morale parfaite.
Si Dieu savait que l’esclavage était immoral, pourquoi ne l’a-t-il jamais simplement interdit ?
Pourquoi réglementer l’esclavage avec d’infâmes lois dans l’Ancien Testament ?
Pourquoi Jésus ne le condamne-t-il jamais ?
Pourquoi Jésus s’amuse-t-il à faire des paraboles des maîtres et des esclaves pour représenter la relation entre Dieu et les hommes, alors qu’il connaissait l’horreur, passée, présente et future de cette institution ?
Pourquoi les textes chrétiens demandent-ils aux esclaves d’obéir à leurs maîtres plutôt qu’aux maîtres de libérer leurs esclaves ?
Une seule phrase aurait suffi :
« Aucun être humain ne doit posséder un autre être humain. »
Elle n’est jamais venue.
Pendant près de deux millénaires, ce ne sont pas les textes sacrés qui ont tiré la morale vers le haut, mais les progrès de la raison, de la science, de la philosophie et des luttes sociales qui ont obligé la chrétienté à réviser ses positions.
Lorsqu’un livre présenté comme la parole éternelle d’un dieu ne condamne pas explicitement l’esclavage, il devient difficile pour une institution qui s’en réclame de s’en affranchir sans se contredire.
L’histoire montre alors que la chrétienté est contrainte de suivre ou d’empoisonner l’évolution morale et scientifique des sociétés.
La Bible n’est pas l’œuvre d’une intelligence morale parfaite ou d’une révélation divine intemporelle. C’est un recueil de textes profondément ancrés dans des limites, des valeurs et des croyances de l’époque de l’âge du fer, que les sociétés modernes doivent continuer à dépasser plutôt que suivre.
Et si la Bible était réellement l’œuvre du dieu qu’elle décrit, alors le problème serait encore plus grave : ce dieu aurait eu connaissance de l’horreur de l’esclavage, tout en choisissant de l’autoriser, de l’encadrer et de ne jamais l’interdire, il serait un monstre.

