Découvrez les passages et les enseignements de la Bible qui posent problème sur les plans moral, rationnel, historique ou scientifique.

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Une femme tente d’atteindre l’Homme – David (sculpture de Michel-Ange)

La Bible reflète-t-elle une vision patriarcale du monde ?

La Bible a été rédigée dans des sociétés profondément patriarcales. Écrite, transmise et interprétée par des hommes, elle présente un univers où l’autorité religieuse, politique et symbolique est presque exclusivement masculine.

Du Dieu Père aux patriarches, des prophètes aux prêtres, des rois aux apôtres, le masculin occupe systématiquement la position centrale. La femme apparaît fréquemment dans un rôle secondaire, dépendant ou associé à la faute.

Voici plusieurs éléments qui illustrent cette organisation patriarcale du texte biblique.

I. Une Bible entièrement écrite par des hommes

Les différents livres de la Bible ont été rédigés par des auteurs masculins appartenant à des sociétés où le pouvoir religieux et politique était exercé par les hommes.

Sans surprise, cette origine historique se reflète dans la représentation des sexes : les hommes sont les principaux acteurs de l’histoire sacrée, tandis que les femmes occupent généralement une place marginale.

II. Le Dieu de la Bible est exclusivement présenté au masculin

Dans toute la Bible, Dieu est désigné par des appellations masculines :

  • le Père ;
  • le Seigneur ;
  • le Roi.

Au-delà de la simple grammaire, cette représentation construit un imaginaire où le masculin devient la norme du divin, tandis que le féminin demeure absent de la représentation de Dieu.

III. Dieu engendre un Fils, jamais une Fille

La théologie chrétienne affirme que Dieu le Père engendre Dieu le Fils.

Ce Fils s’incarne ensuite dans un homme : Jésus.

Cette représentation renforce symboliquement l’idée que le masculin serait plus apte à représenter l’universel, le sacré et le salut.

IV. Les êtres célestes sont représentés au masculin

Les seuls anges nommés dans la Bible portent des noms masculins, grammaticalement et culturellement :

  • Michel ;
  • Gabriel ;
  • Raphaël.

Aucun passage ne mentionne un ange nommé au féminin. Ils sont appelés “hommes” à plusieurs reprise, leur mise en scène est masculine.

L’ensemble de la hiérarchie céleste participe ainsi à un imaginaire exclusivement masculin.

Dans le Ciel, tous les êtres célestes sont au masculin – Les archanges Gabriel, Michel et Raphaël en compagnie de Dieu (Le Père, Le Fils et Le Saint-Esprit)

V. La création d’Ève établit une hiérarchie entre l’homme et la femme

Dans le récit fondateur de la Genèse, Adam est créé avant Ève.

La femme est façonnée à partir de l’homme, puis présentée comme ayant été créée pour lui.

L’homme reçoit également le pouvoir de nommer les animaux et la femme, installant dès l’origine du récit biblique une hiérarchie ontologique entre eux, antérieure même à la chute.

La Bible reprend cette logique dans le Nouveau Testament :

« L’homme est l’image et la gloire de Dieu; la femme, elle, est la gloire de l’homme. »
1 Corinthiens 11:7 (Bible, Nouveau Testament)

« l’homme est le chef de la femme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme; l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. »
1 Cor 11:3-9 (Bible, Nouveau Testament)

VI. Ève devient la première responsable du péché, un danger pour l’homme

Le récit biblique désigne la femme comme la première transgressante, celle qui a été séduite par le serpent.

Ève porte la responsabilité inaugurale du péché et c’est elle, ayant séduit Adam, qui l’entraîne dans la chute.

Ce mythe a servi pendant des siècles de justification théologique à la méfiance envers la parole, l’autonomie et le corps féminins :

« Adam n’a pas été trompé ; la femme, trompée, s’est rendue coupable de transgression. »
1 Timothée 2:14 (Bible, Nouveau Testament)

« refuse les jeunes veuves; car, lorsque la volupté les détache du Christ, elles veulent se marier »
1 Timothée 5:11 (Bible, Nouveau Testament)

« Une femme provocante ne sera pas plus respectée qu’un chien, celle qui a de la modestie craindra le Seigneur. »
Siracide 26:24-25 (Bible, Ancien Testament)

« pour te préserver de la femme mauvaise, de la langue doucereuse d’une étrangère. Ne convoite pas dans ton cœur sa beauté, ne te laisse pas prendre à ses œillades »
Proverbes 6:24-26 (Bible, Ancien Testament)

« À cause d’une femme, le péché a commencé, et à cause d’elle nous mourons tous. »
Siracide 25:23/24 (Bible, Ancien Testament)

VII. Les grandes figures fondatrices sont des patriarches

L’histoire biblique repose principalement sur les patriarches :

  • Abraham ;
  • Isaac ;
  • Jacob ;
  • Moïse.


Aucune femme n’occupe une place équivalente dans la structure fondatrice du récit, aucune matriarche.

Les patriarches de la Bible

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme Sara, qui obéissait à Abraham [le patriarche] et l’appelait son seigneur. »
1 Pierre 3:3-6 (Bible, Nouveau Testament)

VIII. La Loi de Moïse contient plusieurs dispositions défavorables aux femmes

Le dieu de la Bible donne la loi Mosaïque (qui contient 613 commandements dont « les 10 Commandements ») au prophète Moïse.

Cette législation comporte plusieurs prescriptions qui établissent des différences importantes et abominables entre les droits des hommes et ceux des femmes : Les lois abominables de Dieu pour les femmes

Ces dispositions témoignent du contexte patriarcal dans lequel elles ont été élaborées.

IX. La prêtrise est réservé aux hommes

L’accès à la prêtrise (le sacerdoce) est explicitement interdit aux femmes, dans le judaïsme comme dans le christianisme institutionnel, excluant structurellement la moitié de l’humanité de la médiation officielle avec le dieu de la Bible.

Dans l’Ancien Testament, seuls Aaron et ses descendants masculins peuvent exercer la prêtrise :

« Tu feras approcher d’entre les fils d’Israël Aaron ton frère et ses fils avec lui pour qu’ils exercent le sacerdoce. »
Exode 28:1 (Bible, Ancien Testament)

Le Nouveau Testament maintient également cette exclusion :

« Je ne permets pas à la femme de faire la loi à l’homme. »
1 Timothée 2:12-14 (Bible, Nouveau Testament)

Un prêtre du Temple de l’Israël antique (cohen), un rabbin, un prêtre catholique, un pasteur protestant et un prêtre orthodoxe

X. Les personnages masculins dominent largement l’Ancien Testament

Les statistiques du texte biblique montrent un déséquilibre important.

Parmi les livres portant un nom de personne :

  • 23 portent un nom d’homme ;
  • seulement 3 portent un nom de femme.

On compte également :

  • plus de 30 prophètes pour à peine 5 prophétesses ;
  • 11 juges hommes contre une seule femme (qui ne dirige pas l’armée) ;
  • 42 rois légitimes des royaumes d’Israël et de Juda (Jérusalem) pour aucune reine.

XI. Les livres du Nouveau Testament portent exclusivement des noms masculins

Les livres du Nouveau Testament nommés d’après une personne portent tous des noms d’hommes.

On en dénombre quinze.

Aucun ne porte le nom d’une femme.

XII. Jésus choisit douze apôtres, tous des hommes

Selon les Évangiles, Jésus choisit douze apôtres.

Ils sont tous masculins.

Lors de la Cène, dernier repas avant sa crucifixion, seuls ces douze hommes sont présents autour de lui, renforçant symboliquement une transmission de l’autorité religieuse exclusivement masculine.

Le dieu Jésus et ses douze apôtres

XIII. Marie, mère de Jésus : une figure maternelle au service du patriarcat chrétien

La Bible ne décrit aucun culte rendu à Marie.

La dévotion mariale se développe progressivement à partir du IIIᵉ siècle avant d’être officiellement reconnue au concile d’Éphèse en 431.

Le protestantisme la rejettera largement lors de la Réforme au XVIᵉ siècle.

Dans le récit biblique, Marie occupe avant tout une fonction maternelle : elle conçoit le Messie, met au monde puis élève Jésus. Elle n’enseigne pas, ne fonde aucune institution religieuse, ne reçoit aucune fonction sacerdotale et ne participe pas à la direction du mouvement chrétien naissant.

Marie apparaît comme un symbole d’un idéal féminin centré sur la maternité, la chasteté et l’obéissance.

Dans tous les cas, Marie n’est jamais présentée comme une déesse et n’est en aucune manière l’égale de Dieu : dans le catholicisme, son adoration est interdite.

XIV. Marie Madeleine n’est jamais présentée comme apôtre

L’Église catholique surnomme parfois Marie Madeleine « l’apôtre des apôtres ».

Ce titre ne signifie pas qu’elle fait partie des Douze.

Il souligne simplement qu’elle a eu le « privilège » d’annoncer aux apôtres la résurrection de Jésus. Elle a donc pu, pour un moment, délaisser son ministère des soins domestiques pour exercer celui de facteur.

XV. Junia, une femme apôtre dans le Nouveau Testament : une exception embarrassante pour l’Église ?

Le cas de Junia révèle une tension au sein du Nouveau Testament.

Paul écrit dans son épître aux Romains :

« Saluez Andronicus et Junia, mes compatriotes et mes compagnons de captivité ; ils sont remarquables parmi les apôtres, et même ils ont appartenu au Christ avant moi. »
Romains 16:7 (Bible Nouveau Testament)

D’un côté, dans l’épître aux Romains, une femme est très probablement présentée par Paul comme « remarquable parmi les apôtres », même si l’interprétation exacte de cette expression continue de faire débat. De l’autre, plusieurs passages qui lui sont attribués limitent fortement l’autorité des femmes, notamment lorsqu’il écrit : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de prendre autorité sur l’homme » (1 Timothée 2:12) ou encore que « l’homme est le chef de la femme » (1 Corinthiens 11:3).

Le titre d’apôtre ne correspond toutefois pas nécessairement au sacerdoce. Le Nouveau Testament ne présente pas Junia comme une prêtresse, mais comme une figure importante des premières communautés chrétiennes. Ce passage n’a jamais conduit les principales Églises chrétiennes institutionnelles — catholique, orthodoxe ou protestantes — à reconnaître aux femmes l’accès à la prêtrise.

Pire, à partir du Moyen Âge, plusieurs copistes, traducteurs et commentateurs transforment progressivement son nom féminin (Junia) en un prénom masculin (Junias), alors qu’aucun exemple certain de ce prénom masculin n’est attesté dans l’Antiquité. Cette masculinisation sera reprise dans plusieurs traductions bibliques avant que la plupart des spécialistes contemporains ne reconnaissent de nouveau que le texte grec désigne très probablement une femme nommée Junia.

Un bel exemple de la manière dont les structures ecclésiales, exclusivement masculines, ont parfois relu ou interprété certains passages bibliques afin de les rendre encore plus conformes à un modèle patriarcal du ministère religieux.

Conclusion : une Bible issue d’un monde patriarcal

La Bible reflète le monde patriarcal antique qui l’a produite.

Écrite, transmise et interprétée par des hommes dans des cultures dominées par les hommes, elle projette largement cette organisation sociale jusque dans la représentation du divin.

Du Dieu Père aux patriarches, des prêtres aux apôtres, le masculin occupe presque systématiquement les positions d’autorité religieuse et symbolique, tandis que les femmes apparaissent plus rarement dans des fonctions comparables.

La Bible n’est pas une révélation universelle : c’est une sacralisation d’un ordre social masculin misogyne, archaïque et profondément inégalitaire envers les femmes, propre aux sociétés du Proche-Orient ancien.

La Bible n’a rien de divin : elle est une production exclusivement humaine et masculine.