Nous avons vu que Dieu, descendu sur terre en la personne de Jésus, n’a pas remis en cause le patriarcat et l’image de la femme qu’Il avait établis dans l’Ancien Testament :

Il nous reste maintenant à examiner les dernières conséquences de ce choix dans le reste du Nouveau Testament et dans la vie des femmes.

Un apôtre va particulièrement s’acharner à rappeler la place de la femme par rapport à l’homme en prêchant à toutes les nations la sainte doctrine du patriarcat biblique au nom de Dieu.

Il s’agit de Paul de Tarse, l’Apôtre des Gentils, « apôtre de Jésus Christ, par ordre de Dieu notre Sauveur et de Jésus Christ notre espérance » (1 Timothée 1:1).

« dis les choses qui sont conformes à la saine doctrine. »
Tite 2:1 (Bible, Nouveau Testament)

St-Paul écrivant une épitre du futur Nouveau Testament

Paul était un Juif hautement instruit, formé à la Loi juive (la Torah, les 5 premiers livre de la Bible) et à la tradition pharisienne (rigoriste et savante), au niveau érudition équivalent à celui des rabbins.

« Pendant l’instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission.
Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle garde le silence.
C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite.
Et ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression.
Néanmoins elle sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté.
»
1 Timothée 2:12-14 (Bible, Nouveau Testament)

Il a parfaitement saisi le message biblique de la Création : la femme est créée pour l’homme ; c’est elle qui se laisse séduire par le Serpent et qui, ensuite, entraîne Adam dans la chute de l’humanité tout entière.

💡 Commentaires supplémentaires à propos de ce fameux passage

"elle sera sauvée en devenant mère", Paul n’exclut pas ici les femmes stériles, veuves ou célibataires du salut. Mais cette phrase reste clairement marquée par une vision patriarcale : elle associe ici le salut des femmes à un rôle précis — la maternité — alors que les hommes ne sont jamais définis de manière comparable. Ce type de formulation contribue surtout à conforter l’ordre social voulu et valorisé par le christianisme.

Paul rappelle la responsabilité d’Ève dans la chute, puis affirme que les femmes seront sauvées si elles demeurent dans la foi — et si elles assument correctement les rôles attendus d’elles, en particulier la maternité lorsqu’elles sont mères. Il s’agit donc bien d’un discours normatif sur la place des femmes.

Enfin Paul n'interdisait pas toute parole féminine. Le sens de « je ne permets pas à la femme de faire la loi à l’homme » fait référence à l’exclusion des femmes de l’enseignement magistériel au sens strict. Dans la logique chrétienne, l’autorité doctrinale et le sacerdoce ordonné sont réservés aux hommes.

En effet, nous avions vu que Jésus n'avait pas levé l’interdiction qu’il avait mise aux femmes d’accéder au ministère sacerdotale (Exode 28:1). C’est à dire qu’elles ne peuvent toujours pas devenir prêtresses, célébrer les offices et les sacrements.

« L’homme est l’image et la gloire de Dieu; la femme, elle, est la gloire de l’homme. »
1 Corinthiens 11:7 (Bible, Nouveau Testament)

« l’homme est le chef de la femme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme; l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. »
1 Cor 11:3-9 (Bible, Nouveau Testament)

« qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. »
1 Corinthiens 14:34 (Bible, Nouveau Testament)

« Femmes, soyez soumises à vos maris »
Ephésiens 5:22 (Bible, Nouveau Testament)

« Femmes, soyez soumises »
Colossiens 3:18 (Bible, Nouveau Testament)

« retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises »
Tite 2.5 (Bible, Nouveau Testament)

« apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être modérées, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée. »
Tite 2:3-5 (Bible, Nouveau Testament)

« pour être inscrite sur le rôle, refuse les jeunes veuves; car, lorsque la volupté les détache du Christ, elles veulent se marier, et se rendent coupables en ce qu’elles violent leur premier engagement. Avec cela, étant oisives, elles apprennent à aller de maison en maison; et non seulement elles sont oisives, mais encore causeuses et intrigantes, disant ce qu’il ne faut pas dire. Je veux donc que les jeunes se marient, qu’elles aient des enfants, qu’elles dirigent leur maison, qu’elles ne donnent à l’adversaire aucune occasion de médire; car déjà quelques-unes se sont détournées pour suivre Satan. »
1 Timothée 5:9-15 (Bible, Nouveau Testament)

« car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. »
Éphésiens 5:23-24 (Bible, Nouveau Testament)

Paul insiste avec force sur la soumission de la femme à l’homme, en recourant au terme grec de la koinè hupotassō. Or ce même verbe est employé pour décrire la relation de l’humanité à Dieu : « Il a tout mis (hupotassō) sous ses pieds et l’a établi chef suprême de l’Église » (Éphésiens 1:22, Bible Nouveau Testament).

« Femmes, soyez de même soumises  à vos maris »
1 Pierre 3:1 (Bible, Nouveau Testament)

 « Femmes, soyez chaste et réservée. N’ayez pas pour parure la parure extérieure — cheveux tressés, ornements d’or ou vêtements — ; car ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, comme Sara, qui obéissait à Abraham et l’appelait son seigneur. »
1 Pierre 3:3-6 (Bible, Nouveau Testament)

Pierre, qui partagea la vie de Jésus en tant que disciple, transmettra le même enseignement sur les femmes dans son épître.

Jésus enseigne son disciple Pierre

Répercutions des ces enseignements chrétiens sur notre société

Cinq siècles plus tard, en l’an 496, Clovis, roi des Francs, reçoit le baptême à Reims, la France devient chrétienne, la femme devient théologiquement subordonnée des hommes.

  • 9 décembre 1905 : séparation de l’Église et de l’État
  • 21 avril 1944 : ordonnance accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité.
  • 13 juillet 1965 : réforme des régimes matrimoniaux : une femme mariée peut travailler et gérer ses biens sans l’autorisation du mari
  • 4 juin 1970 : suppression du statut de « chef de famille » du code civil et substitue à la notion de puissance paternelle celle d’autorité parentale commune au père et à la mère.
  • 22 décembre 1972 : loi sur l’égalité de rémunération femmes-hommes.
  • 23 décembre 1985 : loi sur l’égalité des époux dans les régimes matrimoniaux
  • 4 août 2014 : loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes

Les inégalités entre les hommes et les femmes demeurent aujourd’hui tenaces. Elles restent non résolues dans de nombreux pays marqués par un héritage chrétien.

Au sein même du monde chrétien, notamment les milieux traditionalistes et fondamentalistes, on observe un inquiétant mouvement de recul concernant l’égalité entre les sexes, au nom d’un prétendu retour à la « saine doctrine » biblique, selon laquelle la femme devrait être douce, soumise, chaste et cantonnée aux tâches domestiques.

L’homme a cherché à transformer la femme en dépendance juridique, sexuelle et symbolique. La Bible sacralise ce système : c’est un ordre voulu par Dieu.

C’est là toute la violence de ces textes : ils ne se contentent pas de refléter l’oppression, ils la théologisent. Et quand un pouvoir social est béni par le divin, il devient presque impossible à contester.

Le dieu de la tradition chrétienne est censé être juste, bon et omniscient. Or un être doté de telles qualités n’aurait ni dicté, ni toléré des textes qui ont servi, siècle après siècle, à enfermer les femmes dans la soumission, la peur et la dépendance.

Il est difficile d’imaginer qu’une intelligence divine bonne ait pu ignorer les effets ravageurs de ces lois sur des milliards de vies à travers l’histoire jusqu’à encore aujourd’hui.

Ces versets bibliques permettent de penser que Dieu n’est qu’une construction humaine, façonnée par des sociétés patriarcales qui ont projeté leurs rapports de domination dans le ciel avant de les imposer sur terre.

Ces versets ne trahissent pas la volonté d’un être parfait, mais la main très reconnaissable d’hommes anciens cherchant à sacraliser leur pouvoir.