Albert Einstein est considéré comme l’un des plus grands scientifiques de l’histoire, sa renommée dépasse largement le milieu scientifique. Son nom et sa personne sont, dans la culture populaire, directement associés aux notions d’intelligence, de savoir et de génie.

Lors de discussions sur la science et la religion, les chrétiens aiment bien se défendre avec cette citation d’Einstein :
« La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. »
C’est très, très, très malhonnête de leur part.
Mais très, très, très…
Il s’agit d’une citation extraite d’un essai d’Albert Einstein, publié en 1941 dans l’ouvrage collectif Science, Philosophy and Religion.
Cette phrase est entièrement sortie du contexte dans lequel Einstein l’avait formulée. Chez lui, l’usage du mot « religion » n’a strictement rien à voir avec le culte d’une divinité, il n’était pas un « croyant ».
Voici ce qui disait vraiment Einstein dans cet essai :
– la religiosité pour lui, c’est se déposséder de son égoïsme et œuvrer pour quelque chose de plus grand que soi, c’est en cela que cette religiosité joue un rôle essentiel dans le progrès scientifique.
– la religion chrétienne a entravé l’avancée de la science.
– L’idée des dieux dans les religions vient de conceptions anciennes, créées pour expliquer ce qu’on ne comprenait pas, se rassurer, ou essayer d’influencer le cours des choses par la prière et la magie ; c’est un imaginaire séduisant, surtout pour les esprits les plus simples.
– Si le Dieu de la Bible est juste et omnipotent, alors tout ce qui arrive, y compris les actions, pensées et sentiments humains, est son œuvre. Dès lors juger l’humanité est un non-sens ou immoral.
– Le conflit entre les religions et la science repose sur cette idée d’un Dieu personnel.
– plus l’homme saisit rationnellement le monde, plus il comprend qu’il n’y a pas de place pour ces dieux.
– les chrétiens se réfugient dans les zones d’ignorance scientifique. Une telle attitude est, selon lui, à la fois indigne et dangereuse : une doctrine qui ne survit que dans l’obscurité finit par perdre son efficacité sur l’humanité, au prix de dommages incalculables pour le progrès humain.
– Les enseignants religieux, s’ils veulent servir le bien moral, doivent avoir le courage d’abandonner la doctrine d’un Dieu personnel. Une fois ce travail accompli, la religion en sortira enrichie et approfondie par la connaissance scientifique.
– La science purifie l’élan religieux et spiritualise notre compréhension de la vie.
– Le chemin vers une religiosité authentique ne passe pas par la peur ni par une foi aveugle, mais par la quête de la connaissance rationnelle.
– Le prêtre doit renoncer à cette conception dépassée d’un Dieu personnel et devenir un enseignant s’il veut être à la hauteur de sa mission éducative.
Cet essai d’Albert Einstein était en réalité un démontage en règle de la religion chrétienne, des religions abrahamiques.
Einstein avait une posture agnostique.
L’agnosticisme d’Albert Einstein repose sur l’idée qu’aucun des dieux décrits par les religions humaines n’existe. Toutefois, puisqu’il estime impossible d’accéder à l’absolu, il ne peut pas trancher définitivement la question des dieux. Cette position sera plus tard qualifiée d’« agnosticisme athée ».
L’athée, en revanche, tranche le débat : tant qu’aucune preuve concluante — scientifique ou personnelle — n’est apportée, il considère que les dieux n’existent pas. Il est sans dieu, atheos.
Albert Einstein croyait au « Dieu de Spinoza », il croyait en la Nature.
Dieu est là qu’un nom donné à la Nature, et il n’y a pas de Dieu transcendant (extérieur et supérieur) à celle-ci.
Quand il dit “Dieu ne joue pas aux dés !”, il ne parle pas du dieu de la Bible mais du Dieu de Spinoza : la Nature.
💡 Les "dés" d'Einstein
Jusqu'à preuve du contraire, il avait tort, la Nature jouerait bien avec les dés, les phénomènes quantiques sont fondamentalement probabilistes, et les prédictions de la mécanique quantique standard sont vérifiées avec une précision extrême.
Voici ce que dira aussi Albert Einstein, mais que bien des chrétiens se garderont de citer :
« Pour moi, la religion juive (la Bible, Ancien Testament) est, comme toutes les autres religions, l’incarnation d’une superstition primitive »
Extrait de la lettre d’Albert Einstein à Eric Gutkind, 1954« Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit des faiblesses humaines, et la Bible un recueil de légendes vénérables mais malgré tout assez primitives. »
Extrait de la lettre d’Albert Einstein à Eric Gutkind, 1954
« Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe mais non en un Dieu qui se préoccuperait du destin et des actes des êtres humains. »
réponse au télégramme du rabbin Harbert S. Goldstein, publié dans le New York Times, le 25 avril 1929.« Je ne puis me faire l’illusion d’un Dieu qui récompense et punisse l’objet de sa réaction, qui surtout exerce sa volonté de la manière que nous l’exerçons nous-même. Je ne veux pas et ne puis pas non plus me figurer un individu qui survive à sa mort corporelle, que des âmes faibles par peur ou par égoïsme ridicule, se nourrissent de pareilles idées ! «
Einstein, Comment je vois le monde« Je suis parvenu à une profonde religiosité qui a toutefois connu une fin abrupte à l’âge de 12 ans. À la lecture d’ouvrages scientifiques populaires, j’ai rapidement été convaincu que beaucoup d’histoires bibliques ne pouvaient pas être vraies. »
Ecrit en 1946 pour “Notes Autobiographique”, 3-5.
Une étude menée en 2011 par Abel François et Raul Magné-Berton a révélé que les scientifiques français se déclarent :
– 50 % athées
– 31 % agnostiques
– 19 % religieux.
Voici l’essai complet d’Albert Einstein, traduit en français :
Il ne serait pas difficile de parvenir à un accord sur ce que nous entendons par science. La science est l’effort séculaire visant à rassembler, au moyen d’une pensée systématique, les phénomènes perceptibles de ce monde dans un ensemble aussi cohérent et exhaustif que possible. Pour le dire sans détour, elle est la tentative de reconstruction a posteriori de l’existence par le processus de conceptualisation. Mais lorsque je me demande ce qu’est la religion, je ne parviens pas à trouver la réponse avec la même facilité. Et même après avoir formulé une réponse qui puisse me satisfaire à un instant donné, je demeure convaincu que je ne pourrai jamais, en aucune circonstance, parvenir à rapprocher, fût-ce très légèrement, les pensées de tous ceux qui ont réfléchi sérieusement à cette question.
Ainsi, dans un premier temps, plutôt que de me demander ce qu’est la religion, je préférerais m’interroger sur ce qui caractérise les aspirations d’une personne qui me donne l’impression d’être religieuse : un être religieusement éclairé me semble être celui qui, dans la mesure de ses capacités, s’est affranchi des entraves de ses désirs égoïstes et se trouve habité par des pensées, des sentiments et des aspirations auxquels il s’attache en raison de leur valeur suprapersonnelle.
Il me semble que ce qui importe avant tout est la force de ce contenu suprapersonnel et la profondeur de la conviction quant à son sens impérieux et souverain, indépendamment de toute tentative visant à relier ce contenu à un Être divin ; sans quoi il serait impossible de considérer Bouddha et Spinoza comme des personnalités religieuses. Ainsi, une personne religieuse est pieuse en ce sens qu’elle ne doute nullement de la signification ni de l’élévation de ces objets et de ces fins suprapersonnels, lesquels n’exigent ni ne permettent de fondement rationnel. Ils existent avec la même nécessité et la même évidence factuelle qu’elle-même. En ce sens, la religion est l’effort immémorial de l’humanité pour parvenir à une conscience claire et pleine de ces valeurs et de ces buts, et pour en fortifier et en étendre sans cesse l’influence.
Si l’on conçoit la religion et la science conformément à ces définitions, tout conflit entre elles apparaît impossible. Car la science ne peut établir que ce qui est, et non ce qui doit être ; hors de son domaine, les jugements de valeur de toute nature demeurent nécessaires. La religion, en revanche, ne traite que de l’évaluation de la pensée et de l’action humaines : elle ne saurait légitimement s’exprimer sur des faits ni sur les relations entre les faits. Selon cette interprétation, les conflits bien connus qui ont opposé la religion et la science dans le passé doivent tous être attribués à une méprise quant à la situation telle qu’elle vient d’être exposée.
Ainsi, par exemple, un conflit surgit lorsqu’une communauté religieuse insiste sur la véracité absolue de toutes les affirmations consignées dans la Bible. Il s’agit là d’une intervention de la religion dans le domaine de la science ; c’est à ce titre qu’il convient de situer la lutte de l’Église contre les doctrines de Galilée et de Darwin. D’un autre côté, des représentants de la science ont souvent tenté de parvenir, au moyen de la méthode scientifique, à des jugements fondamentaux concernant les valeurs et les fins, et se sont ainsi placés en opposition à la religion. Tous ces conflits procèdent d’erreurs funestes.
Or, bien que les domaines de la religion et de la science soient en eux-mêmes nettement délimités, il n’en existe pas moins entre eux de fortes relations et dépendances réciproques. Si la religion peut être tenue pour ce qui détermine la fin, elle a néanmoins appris de la science, au sens le plus large, quels moyens contribuent à la réalisation des buts qu’elle s’est fixés. Mais la science ne peut être créée que par des hommes profondément animés par l’aspiration à la vérité et à la compréhension. Or cette source affective jaillit de la sphère de la religion. À cela s’ajoute encore la foi dans la possibilité que les lois valables pour le monde de l’existence soient rationnelles, c’est-à-dire intelligibles pour la raison.
Je ne puis concevoir un véritable homme de science sans cette foi profonde. La situation peut s’exprimer par une image : la science sans la religion est boiteuse ; la religion sans la science est aveugle.
Bien que j’aie affirmé plus haut qu’en vérité aucun conflit légitime ne peut exister entre la religion et la science, je dois néanmoins apporter à cette affirmation une nouvelle précision sur un point essentiel, en référence au contenu réel des religions historiques. Cette précision concerne le concept de Dieu.
Durant la période juvénile de l’évolution spirituelle de l’humanité, l’imagination humaine créa des dieux à l’image de l’homme, lesquels étaient supposés, par l’exercice de leur volonté, déterminer — ou du moins influencer — le monde phénoménal. L’homme cherchait à infléchir la disposition de ces dieux en sa propre faveur au moyen de la magie et de la prière. L’idée de Dieu dans les religions actuellement enseignées est une sublimation de cet ancien concept des dieux. Son caractère anthropomorphique se manifeste, par exemple, dans le fait que les hommes s’adressent à l’Être divin dans leurs prières et implorent l’accomplissement de leurs désirs.
Nul, assurément, ne contestera que l’idée de l’existence d’un Dieu personnel tout-puissant, juste et souverainement bienveillant soit capable d’apporter à l’homme consolation, aide et orientation ; en outre, par sa simplicité même, elle est accessible aux esprits les moins développés. Mais, d’autre part, cette idée comporte en elle-même des faiblesses décisives, ressenties douloureusement depuis les débuts de l’histoire. Car si cet Être est tout-puissant, alors tout événement, y compris toute action humaine, toute pensée humaine, tout sentiment et toute aspiration, est également son œuvre ; comment, dès lors, concevoir que l’on puisse tenir les hommes pour responsables de leurs actes et de leurs pensées devant un tel Être tout-puissant ? En distribuant châtiments et récompenses, il porterait, dans une certaine mesure, un jugement sur lui-même. Comment concilier cela avec la bonté et la justice qu’on lui attribue ?
La principale source des conflits actuels entre les sphères de la religion et de la science réside dans ce concept d’un Dieu personnel. Le but de la science est d’établir des règles générales qui déterminent les relations réciproques des objets et des événements dans le temps et l’espace. Pour ces règles, ou lois de la nature, on exige une validité absolument générale — non démontrée. Il s’agit avant tout d’un programme, et la foi dans la possibilité de sa réalisation en principe ne repose que sur des succès partiels. Mais il serait difficile de trouver quelqu’un qui nierait ces succès partiels et les attribuerait à une illusion ou à une autosuggestion humaines.
Le fait que, sur la base de telles lois, nous soyons capables de prédire avec une grande précision et une grande certitude l’évolution temporelle des phénomènes dans certains domaines est profondément ancré dans la conscience de l’homme moderne, même si celui-ci ne saisit que très imparfaitement le contenu de ces lois. Il lui suffit de songer que les trajectoires planétaires au sein du système solaire peuvent être calculées à l’avance avec une très grande exactitude à partir d’un nombre limité de lois simples. De manière analogue, quoique avec une précision moindre, il est possible de calculer par avance le mode de fonctionnement d’un moteur électrique, d’un système de transmission ou d’un appareil de télécommunication sans fil, même lorsqu’il s’agit d’une réalisation nouvelle.
Certes, lorsque le nombre des facteurs entrant en jeu dans un complexe phénoménologique est trop élevé, la méthode scientifique nous fait, dans la plupart des cas, défaut. Il suffit de penser au temps atmosphérique, où toute prévision, même à quelques jours d’échéance, est impossible. Néanmoins, nul ne doute que nous soyons en présence d’une connexion causale dont les composantes sont, pour l’essentiel, connues de nous. Les événements relevant de ce domaine échappent à la prévision exacte en raison de la multiplicité des facteurs à l’œuvre, et non en raison d’un quelconque manque d’ordre dans la nature.
Nous avons pénétré beaucoup moins profondément dans les régularités qui prévalent au sein du monde des êtres vivants, mais néanmoins assez loin pour y pressentir au moins la loi d’une nécessité rigoureuse. Il suffit de songer à l’ordre systématique qui régit l’hérédité, ainsi qu’à l’effet des poisons — par exemple l’alcool — sur le comportement des organismes. Ce qui fait encore défaut ici, ce n’est pas la connaissance de l’ordre en tant que tel, mais la saisie de connexions d’une généralité plus profonde.
Plus un homme est pénétré de la régularité ordonnée de tous les événements, plus s’affermit en lui la conviction qu’il ne subsiste aucune place, à côté de cette régularité, pour des causes d’une autre nature. Pour lui, ni la volonté humaine ni la volonté divine n’existent comme causes indépendantes des événements naturels. Certes, la doctrine d’un Dieu personnel intervenant dans le cours de la nature ne pourrait jamais être réfutée, au sens strict, par la science, car cette doctrine peut toujours se réfugier dans les domaines où le savoir scientifique n’a pas encore été en mesure de pénétrer.
Mais je suis convaincu qu’un tel comportement, de la part des représentants de la religion, serait non seulement indigne, mais encore funeste. Car une doctrine qui ne parvient à se maintenir que dans l’obscurité, et non à la pleine lumière, est nécessairement vouée à perdre son efficacité sur l’humanité, au prix de dommages incalculables pour le progrès humain. Dans leur combat en faveur du bien éthique, les maîtres religieux doivent avoir la grandeur d’âme de renoncer à la doctrine d’un Dieu personnel, c’est-à-dire d’abandonner cette source de crainte et d’espérance qui, dans le passé, conférait un pouvoir si considérable aux prêtres. Dans leur œuvre, ils devront s’appuyer sur les forces capables de cultiver, au sein même de l’humanité, le Bien, le Vrai et le Beau.
Il s’agit certes d’une tâche plus difficile, mais incomparablement plus digne. (Cette idée est exposée de manière convaincante dans l’ouvrage de Belief and Action.) Une fois que les maîtres religieux auront accompli le travail d’épuration ainsi indiqué, ils reconnaîtront assurément avec joie que la véritable religion s’est trouvée ennoblie et approfondie par le savoir scientifique.
Si l’un des objectifs de la religion est de libérer autant que possible l’humanité de l’asservissement aux convoitises, aux désirs et aux craintes égocentriques, le raisonnement scientifique peut encore venir en aide à la religion d’une autre manière. Car, s’il est vrai que la science a pour but de découvrir des règles permettant de relier les faits entre eux et de les prévoir, tel n’est pas là son unique objectif. Elle cherche également à ramener les relations ainsi mises au jour au plus petit nombre possible d’éléments conceptuels mutuellement indépendants.
C’est dans cet effort en vue de l’unification rationnelle du multiple que la science rencontre ses succès les plus éclatants, bien que ce soit précisément cette tentative qui l’expose au plus grand risque de tomber dans l’illusion. Mais quiconque a fait l’expérience intense des progrès effectivement accomplis dans ce domaine est saisi d’un profond respect pour la rationalité qui se manifeste dans l’existence. Par le biais de la compréhension, il accède à une émancipation étendue à l’égard des entraves que constituent les espoirs et les désirs personnels, et parvient ainsi à cette attitude humble de l’esprit devant la grandeur de la raison incarnée dans l’existence, grandeur qui, dans ses profondeurs ultimes, demeure inaccessible à l’homme.
Cette attitude, toutefois, me paraît être religieuse au sens le plus élevé du terme. Ainsi, il me semble que la science non seulement purifie l’élan religieux de la gangue de son anthropomorphisme, mais contribue encore à une spiritualisation religieuse de notre compréhension de la vie.
Plus l’évolution spirituelle de l’humanité progresse, plus il me paraît certain que la voie menant à une religiosité authentique ne passe ni par la crainte de la vie, ni par la crainte de la mort, ni par la foi aveugle, mais par l’effort en vue de la connaissance rationnelle. En ce sens, je crois que le prêtre doit devenir un maître, s’il veut être à la hauteur de sa haute mission éducative.Extrait de Science, Philosophy and Religion, A Symposium, publié par la Conference on Science, Philosophy and Religion in Their Relation to the Democratic Way of Life, Inc., à New York, en 1941.
