
« Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, mais qu’elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de piété. »
1 Timothée 2:9-10 (Bible, Nouveau Testament)« refuse les jeunes veuves; car, lorsque la volupté les détache du Christ, elles veulent se marier »
1 Timothée 5:11 (Bible, Nouveau Testament)
Ces écrits bibliques viennent de Paul de Tarse, « apôtre de Jésus Christ, par ordre de Dieu notre Sauveur et de Jésus Christ notre espérance » (1 Timothée 1).
Paul était un Juif hautement instruit, formé à la Loi juive (la Torah, les 5 premiers livres de la Bible) et à la tradition pharisienne (rigoriste et savante), au niveau érudition équivalent à celui des rabbins.
Il a parfaitement saisi le message biblique de la Création : c’est la femme qui se laisse séduire par le Serpent et qui, ensuite, entraîne Adam dans la chute de l’humanité tout entière.
Quand l’homme abandonne Dieu, la séduction devient son piège, et la femme devient l’image de cette chute. C’est ce qui est enseigné dans tout le Tanakh (Ancien Testament) : Eve, Dalila, les femmes moabites, Jézabel, la femme de Potiphar, Tamar, Siracide, les proverbes, Israël comparé par Dieu sans cesse à une femme adultère, etc.
Paul demandent aux femmes, et non aux hommes, de paraître chastes dans leur manière de se vêtir et d’être afin de ne pas déclencher d’adultère.
Quand il utilise, dans 1 Timothée 2:9-10, les 3 mots à la suite « pudeur », « décence » et « modestie » pour parler de l’apparence des femmes, il ne visait pas que l’étalage des richesses.
Surtout que Paul a utilisé le mot grec « aidōs » pour parler de la « pudeur »/ »la honte sociale », un mot qui était aussi utilisé pour les connotations érotiques et qui donnera plus tard le mot vergogne.
Paul était contre les tenues ostentatoires mais aussi contre ces femmes qui désiraient attirer les regards de manière provocante ou séductrice.
Ces tenues étaient marqueurs de séduction urbaine que ce soit pour les riches, les courtisanes, celles qui voulaient séduire ou être à la mode.
Une femme non riche pouvait très bien tresser ses cheveux de façon élaborée, porter des bijoux modestes mais visibles, choisir des vêtements voyants (couleurs, coupes, tissus brillants), investir disproportionnellement dans l’apparence.
Elles sont aussi visées.
💡 A propos des mots "décente", "pudeur", "modestie", "volupté", et "chaste"
Décent (grec "kosmios"), pudeur ("aidos") modestie ("sophrosune"), chaste ("hagnos") : quand il sont utilisés explicitement pour les femmes, c'est seulement pour la retenue corporelle, vestimentaire et social.
Volupté (katastreniao) : éprouver des pulsions de désir sexuel, mot jamais utilisé pour les hommes
« Femmes, soyez chaste et réservée. Ayez, non cette parure extérieure recherchée qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d’or, vêtements élaborés, mais la parure intérieure d’un esprit doux et paisible ; ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, comme Sara, qui obéissait à Abraham et l’appelait son seigneur. »
1 Pierre 3:1-5 (Bible, Nouveau Testament)

Pierre, apôtre, et formé directement par Jésus-Christ véhicule les mêmes idées dans le Nouveau Testament.
« pour te préserver de la femme mauvaise, de la langue doucereuse d’une étrangère. Ne convoite pas dans ton cœur sa beauté, ne te laisse pas prendre à ses œillades »
Proverbes 6:24-26 (Bible, Ancien Testament)« Le charme est trompeur et la beauté vanité ; seule, la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. »
Proverbes 31:30 (Bible, Ancien Testament)
« Une femme impudique consume sa vie dans le déshonneur, la jeune femme pudique est réservée, même avec son mari. Une femme provocante ne sera pas plus respectée qu’un chien, celle qui a de la modestie craindra le Seigneur. »
Siracide 26:24-25 (Bible, Ancien Testament)« Ne te livre pas entre les mains d’une femme, de peur qu’elle ne prenne de l’ascendant sur toi.
Ne fréquente pas une chanteuse tu te ferais prendre à ses artifices.
N’arrête pas ton regard sur une jeune fille, de crainte d’être puni avec elle.
Détourne ton regard d’une jolie femme et ne l’arrête pas sur une beauté étrangère. Beaucoup ont été égarés par la beauté d’une femme et l’amour s’y enflamme comme un feu.
Près d’une femme mariée garde-toi bien de t’asseoir et de t’attabler pour des beuveries, de crainte que ton cœur ne succombe à ses charmes et que dans ta passion tu ne glisses à ta perte. »
Siracide 9:2-9 (Bible, Ancien Testament)
« À cause d’une femme, le péché a commencé,
et à cause d’elle nous mourons tous. »
Siracide 25:23/24 (Bible, Ancien Testament)
Les apôtres n’avaient pas pour mission d’inventer une doctrine nouvelle, mais de transmettre, à la lumière du Christ, ce qu’ils avaient lu, reçu et compris des Écritures.
La femme est toujours présentée comme un danger actif pour l’homme :
elle attire, elle trouble, elle enflamme, elle égare. La femme est décrite comme porteuse d’un pouvoir de séduction intrinsèque, et l’homme est sommé de se protéger en détournant les yeux.
On ne trouve pas, dans toute la Bible, des versets aussi détaillés à l’intention des hommes.
Ce déséquilibre textuel n’est pas anodin : il fonde une asymétrie morale radicale qui traverse encore nos sociétés. La femme, dans ces passages bibliques, n’est pas d’abord un sujet moral autonome, mais une force perturbatrice — un danger ambulant, une tentation incarnée.
Ce schéma a des conséquences durables et mesurables aujourd’hui :
Culture du soupçon permanent
La femme est encore sommée de se justifier : sa tenue, son attitude, son intention. On continue de lui demander si elle « savait ce qu’elle faisait », si elle « n’a pas provoqué », comme si sa corporéité était en soi une agression.
Infantilisation morale des hommes
En présentant l’homme comme ayant du mal à maîtriser son désir, on l’exonère partiellement de sa responsabilité éthique. Le contrôle est externalisé : ce n’est plus qu’à lui de se gouverner, mais à la femme de se dissimuler.
Intériorisation de la culpabilité féminine
Des générations de femmes ont appris à se percevoir comme un problème à gérer : trop visibles, trop libres, trop désirables. Cette culpabilité intériorisée nourrit encore aujourd’hui la honte du corps, la peur de s’affirmer, la difficulté à occuper l’espace public.
Silence scripturaire sur la perspective masculine
Le fait qu’il n’existe pas de prescriptions aussi détaillées sur la maîtrise du pouvoir masculin n’est pas neutre : cela normalise la domination, rend invisible la violence, et inscrit l’ordre patriarcal comme allant de soi.

Objections de chrétiens
« Non mais Jésus est trop gentil, regarde ce qu’il a dit dans Matt 5:29, il responsabilise bien les hommes, tout le reste ça ne compte pas. »
Le chrétien fait référence à ce verset :
« Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne (l’Enfer). »
Matt 5:29
Jésus est en fait ici entrain de radicaliser un discours déjà extrême.
Les deux versets juste avant ce sont :
« Vous avez appris qu’il a été dit: Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. »
Matt 5:27-28
Nous avons vu qu’avant son sacrifice, Jésus (Trinité oblige) demandait que les adultères soient mis à mort.
« Si un homme commet l’adultère avec la femme d’un autre, l’homme adultère et la femme adultère seront mis à mort. »
Lévitique 20,10
Jésus exhorte les hommes à une vigilance accrue : maintenant, même poser un regard de convoitise sur une femme constitue déjà un péché, passible de mort.
Ce passage ne s’accompagne d’aucune remise en cause explicite des injonctions à la pudeur féminine, de l’association récurrente entre féminité et pouvoir de séduction et de la responsabilité symbolique assignée à la femme dans la chute morale de l’homme.
Jésus ne tranche pas.
Il continue bien à moraliser le désir masculin — ce qui était déjà le cas dans l’Ancien Testament (Proverbes 6:24-26) — mais il ne dé-moralise jamais le corps féminin.
Il n’allège en rien le poids moral qui pèse déjà sur les femmes (pas plus qu’il ne remettra en cause le système patriarcal structurant mis en place par la Bible…).
Ce silence est fondamental.
Dans un corpus aussi normatif que la Bible, ce qui n’est pas explicitement contesté est tacitement reconduit.
C’est précisément pour cette raison que Pierre (disciple ayant vécu aux côtés de Jésus) et Paul, enseignant au nom de Dieu, continueront à affirmer dans le Nouveau Testament que les femmes doivent :
– s’habiller chastement pour ne pas susciter l’adultère,
– et se soumettre à l’autorité des hommes.
La responsabilisation morale des hommes n’a jamais signifié la dé-responsabilisation symbolique des femmes.
